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 Mendra Daskil [Enfin Terminé]

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Daralia
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MessageSujet: Mendra Daskil [Enfin Terminé]   Lun 27 Juil - 10:21



Mendra Daskil


Âge du personnage: 29 ans
Race du personnage:Numénoréen noir
Titre: Héraut de Durthang - Porteuse de l’Épée Noire
Lieu de naissance : Au Nord de l'Arnor (lieu précis inconnu)
Lieu de vie : Durthang
Grade du personnage: Capitaine
Allégeance: Mordor
Rang spécial: Héraut de Durthang







Histoire




Prologue : Compassion.

Fornost. Autrefois, la capitale de l'Arthedain et bastion septentrional de l'Arnor. Aujourd'hui abandonnée et en ruines depuis des lustres, un peuple vit toutefois toujours dans les environs : les Dunedains. C'est avec un groupe de Dunedain, en patrouille au Nord de Fornost, que commence cette histoire.
Bared, le chef de la troupe, et également le chef du village de Dunedains d'où chacun venait, menait la marche, l'air soucieux. Les traces qu'ils suivaient allaient bien plus loin qu'il ne l'avait pensé, et cela l'inquiétait. Ils étaient partis la veille du village, après que deux de leurs chasseurs ne soient toujours pas revenu après deux jours d'absence. Les terres n'étaient pas sûres, et on pouvait parfois trouver quelques bandes d'orcs ou de trolls, venus des landes d'Etten, ratisser la région en quête de butin. Au départ, ils avaient cru que les leurs s'étaient faits attrapés par une de ces bandes, et étaient partis en conséquence pour « nettoyer » la région.
Bared avait vite déchanté en repérant, deux heures plus tôt, des traces de pas – des bottes humaines, différentes de celles qu'auraient du porter les chasseurs. Ce pouvaient être des pillards, des colons aventureux, ou des gens de la baie de Forochel descendus au sud pour une raison inconnue – c'étaient les seuls possibilités qui venaient à l'esprit du Dunedain, mais étrangement, aucune ne lui convenait.
Lentement mais sûrement, le groupe de Dunedain rattrapait le groupe d'hommes. Comme les traces devenaient plus fraîches, ils purent distinguer une demi-douzaine d'empreinte ainsi qu'un cheval. Sachant dorénavant à quoi s'attendre, Bared accéléra le pas, suivi par ses confrères, et il leur fallut la seconde moitié de la journée pour rattraper ceux qu'ils suivaient à présent. Silencieux comme des ombres, ils encerclèrent le campement qui avait été monté depuis peu, et dans lequel sept personnes, une femme et six hommes, se tenaient. Un cheval broutait sur le côté. Les hommes seuls étaient en armure, mais tous étaient armés. Une discussion animée entre un des hommes et la femme avait lieu :

-Cette gosse nous ralentit trop, Vara.

-Je te rappelle que cette gosse est ta fille, et que c'est de ta faute. On aurait dû être rentré à Umbar il y a 2 ans, mais tu es incapable de résoudre une énigme. A la place, tu m'as fait tomber enceinte de Mendra, et chaque jour qui passe augmente les risques de nous faire repérer.

-Il devrait être dans le coin, je le sais ! La statuette a été faite dans une roche qu'on ne trouve que dans la région, et vous avez vu les marques. Nous sommes tout...

A cet instant, Bared se redressa et interrompit l'homme :

-Hé, vous là ! Qui êtes-vous, et que venez-vous faire en ces terres ?

Tous les hommes du camp se redressèrent de surprise. Mais celui qui discutait avec la femme se ressaisit bien vite :

-Encore un rôdeur ! Tuez-le comme les autres, puis nettoyez les traces.

A ces mots, Bared fronça les sourcils. Comme les autres ? Ainsi, ce devait être eux qui avaient tué les deux chasseurs. Le Dunedain dégaina son épée. Comme un signal, tous les rôdeurs qui avaient encerclés discrètement le camp se levèrent et décochèrent les flèches qu'ils avaient préparés : tous les hommes du camp s'effondrèrent, ne laissant plus que la femme, muette de stupéfaction, dressée devant ce qui ressemblait de loin.

-Maudits traîtres Dunedains, jura-t-elle. Même au bord de l'extinction, vous continuer à nous pourrir l'existence. Mais vous paierez, oui, vous paierez bien vite !

A ces mots, elle empoigna son épée courte et se précipita sur Bared. Celui-ci fit un pas de côté pour l'éviter, et redressa son épée pour frapper. Il ne put éviter complètement l'attaque, et reçut une entaille au flanc, mais la femme perdit la tête, littéralement. Après un léger instant de flottement, les rôdeurs commencèrent à examiner le campement.

-Ils disaient venir d'Umbar, mais ils n'avaient pas l'air de corsaires, dit l'un d'eux.

-Non, ils étaient bien plus que ça. Je ne sais pas pour les autres, mais cet homme et cette femme... La manière dont ils nous ont appelés « traîtres », et leur prestance... Ils étaient des descendants de Numénor, comme nous. Des Numénoréens noirs.

Tous hochèrent la tête, en accord avec l'affirmation de leur chef. Les recherches débutaient à peine qu'un cri s'éleva dans la pénombre du crépuscule : un cri de bébé. Ce fut Bared qui la trouva, enroulé dans un tissu près du paquetage que semblait protéger la femme. C'était une toute petite fille, qui devait avoir tout juste un an. A côté d'elle, une étrange statuette était allongée. Bared la prit pour l'examiner, et se sentit bizarre pendant un court instant, qui passa vite. En examinant l'objet, il remarqua une marque étrange : une sorte de couronne avec trois pointes.
Les autres Dunedains le rejoignirent bien vite. Voyant l'enfant et la statuette, les avis commencèrent à fuser :

-Cette enfant est une numénoréenne noire aussi, on devrait la tuer.

-Cette statuette empeste le mal, on devrait la détruire sur le champ.

-Est-ce qu'on ne devrait pas informer Aragorn de tout ça...

Puis Bared les interrompit tous d'un geste, et le silence se fit :
-Que pensez-vous que nous soyons ? Voudriez-vous que l'on dise des Dunedains qu'ils sont des tueurs d'enfants ? Nous ne vaudrions pas mieux que ces Numénoréens noirs. Nous avons vengé nos amis, et cela suffit : cette enfant est innocente, et s'il le faut, je m'occuperai d'elle. Pour ce qui est de la statuette, je préfère la conserver pour l'examiner et comprendre ce qu'elle est. En revanche, je suis d'accord avec le fait qu'Aragorn et les elfes voudront savoir ce qui vient de se produire. Je lui ferai parvenir un message. Maintenant, on ne traîne plus : que quelqu'un m'apporte des couvertures et de quoi transporter cette enfant, et on y va.

Et les Dunedains rentrèrent à leur village. La femme de Bared, apprenant la situation, accepta d'élever la petite Mendra comme sa propre fille. L'ensemble du village dût toutefois promettre, pour éviter des ennuis futurs, de ne jamais parler de la véritable ascendance la jeune fille. Bien évidemment, Bared envoya comme prévu un message à celui que tous les rôdeurs considéraient comme leur chef depuis quelques années, mais, sans comprendre pour quelle raison, il décida, au dernier moment, de ne pas mentionner la statuette, et oublia d'ailleurs bien vite qu'il aurait dû la mentionner. L'idole fut logée à un endroit discret, et se fit vite oublier, tandis que le temps passait et que Mendra grandissait.

Partie 1 : En quête de soi

Quinze années passèrent sans incident notable dans le village de Bared. Durant ces nombreuses années, Mendra avait grandi selon les dures lois des rôdeurs : les lois de la survie, dans un environnement où un danger peut surgir n'importe quand. Elle apprit durant son adolescence à manier l'épée et l'arc, à chasser, à panser les blessures, et bien d'autres choses encore. Elle était à présent bien proche d'être une jeune femme adulte, tant sur le plan mental que physique, car elle semblait aussi belle qu'intelligente. Pour son entourage, et ceux qui la voyaient, il ne pouvait faire aucun doute que le sang de Numénor coulait bel et bien dans ses veines, ce qui n'était pas sans assombrir les pensées de certains de ceux qui connaissaient ses véritables origines. Elle-même n'en connaissait toutefois rien, chaque villageois ayant été fidèle à sa promesse et n'ayant jamais mentionné qu'elle avait été adoptée par Bared. Mais, depuis quelques années, elle nourrissait des doutes, car elle se rendait compte qu'elle ne ressemblait pas vraiment à ses supposés parents, et les quelques tentatives de lui expliquer qu'elle tenait d'un aïeul quelconque sonnaient creux et faux.
En quinze ans, la statuette et la question de la venue de ces Numénoréens d'Umbar s'étaient faites oubliées : les elfes, n'ayant connaissance de la statuette, n'avaient pu trouver aucune information sur ce qu'ils recherchaient, tandis que l'idole n'avaient pas bougé de sa place durant toutes ces années écoulées, comme si elle attendait son heure.

Esteran et Mendra marchaient silencieusement dans le bosquet, suivant les traces d'un cerf qu'ils avaient repérés une heure auparavant. Le jeune homme, qui s'était lié d'amitié avec la Numénoréenne dès leur plus jeune âge, contenait difficilement son excitation : c'était la première fois que les deux adolescents avaient la possibilité d'aller chasser par eux-même, ce qui revenait presque à dire, aux yeux du jeune homme, qu'on les considérait quasiment comme des adultes. Mendra, plus posée et calme que son ami, observait avec attention la piste. L'animal qu'ils poursuivaient n'était selon toute vraisemblance plus très loin. Elle fit signe au jeune Dunedain de préparer son arc, montrant l'exemple en prenant le sien en main. Ils passèrent une petite butte et eurent la vue libre sur une clairière où broutait l'animal qu'ils poursuivaient. Parfaitement synchrones, les deux jeunes gens encochèrent une flèche et visèrent. Ils avaient répété leurs gestes bien des fois à l'entrainement, et ils savaient parfaitement quand décocher. Une certaine appréhension parcourait toutefois Mendra, qui était loin d'être une excellente archère et ne pouvait donc s'empêcher d'espérer qu'elle ne raterait pas son tir. Finalement, les deux flèches fusèrent, décalées d'un quart de seconde. Celle de Mendra alla se ficher en première dans une jambe, tandis que celle d'Esteran atteignit le cou de l'animal, qui s'effondra, mort sur le coup. Les deux adolescents se sourirent l'un l'autre, fiers d'eux, et inspectèrent l'animal : il devait être mort avant d'avoir touché le sol, et les flèches étaient intactes. Mendra commença déplacer l'animal tandis que le jeune homme préparait un équipement afin de pouvoir « porter » l'animal sans se tuer le dos. Il posa son sac sur une lourde pierre, afin d'en sortir le matériel adéquat, quand un détail sur le rocher l'arrêta dans son élan : il y avait comme une gravure sur celui-ci. Curieux, il appela la Numénoréenne :

-Hé, Mendra, viens voir un peu. Tu saurais pas ce que c'est que ce truc, par hasard ? Ajouta-t-il en montrant à la jeune femme l'étrange symbole.

Celle-ci se pencha derrière le Dunedain, inspectant le rocher. Le symbole était une sorte d'arc de cercle stylisé avec trois piques pointant vers le dessus.

-Jamais vu, non. Ca doit pas être bien impor... Commença-t-elle à dire.

Elle ne termina toutefois pas sa phrase, car, en un flash douloureux, une image venait de s'imposer à son esprit : celle d'une étrange statuette. Se frottant la tête tout en clignant des yeux, comme pour effacer l'image et la douleur, elle se demandait d'où lui était venu cette image : un souvenir ? Une vision ? Perdue dans ces soudaines pensées, elle remarquait à peine Esteran à ses côtés :

-Mendra, ça va ?

-Ce... Ce n'est rien, finit-elle par dire. J'en toucherai un mot à mon père, sait-on jamais.

Après quelques minutes, ils quittèrent la clairière en transportant le cerf, s'en retournant au petit village des Dunedains.

Lorsqu'ils arrivèrent, on les délesta rapidement de l'animal, et la jeune fille chercha des yeux son père : il était à la forge, en train d'affuter son épée. Nombres de personnes, aux villages, forgeaient et entretenaient elles-même leurs armes, en l'absence d'un « professionnel » dédié à la tâche.

-Bon retour, Mendra, lui dit-il en la voyant approcher. Tu as l'air soucieuse, qu'est-ce qui se passe ? De ce que j'entends, votre chasse s'est bien passée, donc ça doit être autre chose.

Mendra fit une courte grimace, entendant un léger ton de reproche dans la voix de Bared : elle devait apprendre à mieux dissimuler ses sentiments et ressentiments.

-Ce n'est peut-être rien, répondit-elle à voix basse. Pendant la chasse, nous sommes tombés sur quelque chose qui m'a intriguée, et laissé une impression de déjà vu. C'était une sorte de symbole étrange, gravé sur un rocher : un arc de cercle, avec trois pointes dirigées vers le haut. Est-ce que ça te dirait quelque chose ?

Une brève lueur de surprise émana des yeux de son père, seule réaction sur le visage impassible qu'il affichait d'ordinaire. Le voyant perdu dans ses pensées, la jeune fille s'apprêtait à dire quelque chose lorsqu'il se redressa et lui fit signe de le suivre. Intriguée et curieuse, elle le suivit jusqu'à leur « maison » - si on pouvait appeler cela ainsi, puisque ce n'était guère plus élaboré qu'une hutte. Une fois à l'intérieur, l'homme s'arrêta quelques instants, les yeux fermés, cherchant visiblement à se remémorer quelque chose, puis se dirigea dans un coin où divers sacs étaient posés. Il les écarta, et récupéra une cassette en bois, qu'il ouvrit. Elle était vide. Sans expression, il toucha quelque chose à l'intérieur, et retira une plaque de bois, révélant un double fond : une statuette était à l'intérieur. Cette fois, c'en était trop, Mendra ne put retenir une exclamation : c'était la même statuette que dans l'image qu'elle avait vu. Lorsque son père la lui tendit, elle aperçut dessus le même symbole gravé que sur la pierre.

-C'est... tu sais ce que ça signifie, ou représente ? Demanda-t-elle tandis qu'elle faisait le geste de prendre la statuette.

Peu sûr de lui, Bared la laissa tout de même prendre en main l'idole, et lui répondit :

-Malheureusement, non. Je l'aurai bien demandé aux elfes, mais je ne pensais pas que ça avait la moindre impor...

Il s'interrompit, remarquant le vague dans les yeux de sa fille adoptive. Elle semblait ne plus l'écouter, les yeux posés sur l'objet dans ses mains, mais sans vraiment le regarder. Puis son expression changea complètement, de la sérénité à une grimace haineuse, et elle jeta des yeux furieux sur celui qu'elle appelait père. Sa voix semblait déformée, elle parlait d'un ton bien différent de celui qui était normalement le sien :

-Vous... Vous les avez tués... ET JE VOUS TUERAI EN RETOUR ! Hurla-t-elle à la fin.

Mendra, comme possédée, fit un pas en avant, et s'arrêta, son expression changeant à nouveau. Un « non », prononcé d'une voix faible et tirée, s'échappa de ses lèvres, suivi d'un gémissement de douleur, puis elle s'effondra, visiblement inconsciente.
Encore sous le choc, Bared se pencha doucement sur l'adolescente, vérifiant qu'elle allait bien. Il ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer, mais quelque chose, plus que tout, le perturbait : le ton de la voix avec lequel elle avait parlé... Était le même que celui de sa véritable mère lorsqu'elle avait prononcé ses dernières paroles, avant de mourir.

Le soir venu, il rassembla ses plus proches amis et sa femme au centre du village, et il leur parla de ce qu'il s'était passé. Mendra était encore inconsciente dans la hutte, Esteran à son chevet, et on ignorait quand elle se réveillerait, mais il fallait décider rapidement de ce qu'ils feraient d'elle, si cela devait se reproduire. Mais l'avis de certains, vindicatifs, était parfaitement tranché :

-De toute évidence, cet objet devait renfermer quelque sombre pouvoir, et a réveillé le mal en elle, commença l'un des Dunedains. Au mieux, il nous faudra l'exiler, et risquer qu'elle devienne un ennemi. Au pire, il nous faut la tuer, maintenant, avant qu'elle ne devienne un danger pour nous tous.

-Non, contra Bared. Je refuse de croire qu'elle est forcément destinée au Mal. Je ne viendrai à une telle extrémité que lorsqu'on sera sûr de ne rien pouvoir faire. A vrai dire, je préfèrerai presque attendre de la voir réveillée afin d'en savoir plus, mais nous n'avons pas ce temps là.

-Ne vous en faites pas, vous n'auriez pas eu à attendre longtemps, fit une voix quelques mètres derrière lui.

Tous se retournèrent de surprise, car c'était Mendra qui venait de parler. Elle s'avança doucement à la lumière du feu, soutenue par Esteran. Quelques uns, méfiants, se redressèrent et portèrent la main à leurs épées, malgré l'incitation au calme du chef du village. De tels gestes à l'intention de son amie renfrognèrent le jeune homme qui l'accompagnait, mais tous deux restaient silencieux.

-Mendra... Tu vas bien ? Finit par demander Bared, une certaine inquiétude dans la voix.

-Je vais mieux, répondit-elle d'un ton las. Ce qui ne veut pas dire grand chose. J'ai l'impression que quelqu'un frappe l'intérieur de mon crâne avec un marteau, et je sens... Non, c'est encore confus dans mon esprit. Je crois qu'il faudrait reprendre cette histoire depuis le début.

-Le début ? Interrogea Bared, ne comprenant pas où sa fille adoptive voulait en venir.

-Le jour où vous m'avez recueilli.

Le silence s'installa. Il fallut plusieurs secondes pour que chacun comprenne les implications de ce que venait de dire la jeune fille : elle savait qu'elle était adoptée. Esteran, qui n'était pas au courant de cela, la regarda d'abord sans comprendre, puis voyant les réactions stupéfaites et inquiètes des membres de l'assemblée réunis, réalisa qu'elle était sérieuse. Bared regarda chacun de ses hommes, et le doute se lisait dans leurs yeux : de toute évidence, Mendra était redevenue elle-même, mais quelque chose dans ce qu'elle avait dit quand à son état les perturbait, sans savoir quoi exactement. Puis il se tourna vers sa fille, et vit, malgré sa faiblesse physique apparente, la détermination dans son regard, témoignage d'une force intérieure insoupçonnée.
Il parla. Sans épargner les détails, il lui raconta l'épisode des Numénoréens Noirs d'Umbar, venus en quête d'on ne savait trop quoi. La façon dont il avait tué ses véritables parents, pour finalement décider de s'occuper d'elle, plutôt que de l'abandonner à une mort certaine, et la promesse, dorénavant rompue, de ne jamais lui parler de ses origines, et des craintes qui y étaient liées. L'adolescente soupira, comme si un léger poids s'était retiré de ses épaules.

-J'aurai dû m'en douter... Non, je me doutais déjà de mes origines lorsque j'ai posé la question, mais je devais être sûre. Je ne pense pas que la moitié d'entre vous ne me fasse confiance, après le récit de mon père, mais je vais vous dire ce que je sais, et ce que j'ai compris.

-Ce que tu sais ? Ne nous fais pas rire, à quand bien même tu ne nous mentirais pas, comment, si jeune, pourrais-tu avoir la moindre idée... Commença l'un des Dunedains.

-Ce que je sais, l'interrompit-elle, je l'ai... Assimilé, à cause de ce qui s'est passé plus tôt. Laissez moi vous expliquer. Lorsque j'ai pris la statuette, elle a réagi avec ma nature... Malgré mon éducation, malgré ma volonté, une part de moi demeurait liée aux ténèbres, et cette part a voulu s'imposer. C'est comme si un deuxième être, en moi, dévoué au mal, s'était éveillé et a temporairement prit le contrôle. En même temps, mon esprit a été assailli par des informations et connaissances dont je ne devrai rien savoir, mais qui sont pourtant maintenant quelque part dans mon esprit. Quelques unes me viennent à l'heure où je vous parle, et je dirai que ce sont des connaissances propres aux Numénoréens Noirs eux-mêmes... Bref, pour le moment, j'ai repoussé « l'autre », mais je ne serai pas honnête si je disais que c'est définitif.

-Et si nous détruisions la statuette ? Proposa Bared. C'est bien elle qui a provoqué ce Mal, la détruire pourrait...

-Non, lança la jeune fille, plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu. La statuette n'a fait que réveiller cette... chose. En plus, je ne pense pas que nous ayons les moyens de la détruire, elle est très ancienne et protégée par une magie noire, de ce que j'en ai ressenti.

Ce que Mendra disait semblait étrangement logique, mais Esteran, qui la connaissait bien, sentit qu'il y avait peut-être autre chose, comme si elle avait une information qu'elle ne souhaitait pas partager. Il se forçait malgré tout à lui accorder toute sa confiance : si lui ne le faisait pas, il avait l'impression que personne ne le pourrait. En même temps qu'elle parlait, il la sentit regagner un petit peu en force, et allégea le soutien qu'il lui offrait tout en restant prêt à la intervenir à la moindre défaillance.

-Bien, finit par déclarer Bared. Je vais partir du principe que tu es capable de sentir quand les choses iront mal pour toi. De notre côté, nous te surveillerons, et je réfléchirai à un moyen de t'aider.

Tous acquiescèrent à ces mots, et comme il se faisait tard, tous allèrent se coucher. Esteran confia son amie à son père, qui la soutint jusqu'à leur demeure.

____________

Deux années passèrent, qui ne furent pas exempts d'incidents : à trois reprises, Mendra perdit le contrôle et laissa son autre « elle » se rêvéler, le temps de quelques secondes. Après le second incident, bien qu'il n'y ait pas eu de réel danger, il lui fut interdit de participer à de nouvelles sorties, de crainte qu'une crise eut lieu au moment où elle était le plus difficile à surveiller.
Il y  eut toutefois une occasion, où quelqu'un fut blessé : son propre père. Lors d'un entrainement au combat à l'épée, l'autre prit le dessus et asséna avec fureur de violents coups à Bared, jusqu'à le désarmer et le blesser. Heureusement, il s'agissait d'épées en bois, aussi la blessure était plus un gros hématome qu'autre chose, mais l'incident avait révélé le potentiel de danger de la jeune femme, car elle pouvait bien devenir une combattante plus dangereuse que n'importe quel Dunedain du village.
Mais il y eut également de bonnes choses pour la jeune femme : les habitants, qui n'étaient plus tenus au secret sur ses origines, et voyant les efforts qu'elle faisait chaque jour, la soutenaient cordialement pour la plupart. Et entre tous, Esteran se démarquait par sa bonne volonté et l'attention qu'il lui portait, ce que la jeune femme ne pouvait s'empêcher d'apprécier, bien que, contre toute attente pourrait-on dire, il n'y eut pas vraiment de sentiments amoureux entre eux, et bien plus une indéfectible loyauté, une amitié à toute épreuve.
Comme elle ne pouvait plus sortir du village, le jeune homme était devenu ses yeux à l'extérieur, car sa curiosité naturelle et un étrange sentiment d'urgence la poussait à rechercher la raison de la venue de ses véritables parents dans cette région. Elle savait que c'était lié à la statuette, et au symbole gravé dessus, aussi Esteran devait la prévenir au cas où il trouverait un tel symbole, et sa localisation. Cependant, en deux ans, il n'avait vu qu'une seule fois une marque qui aurait pu être ce qu'il recherchait, mais l'érosion et le temps l'avaient quasiment effacés, si bien qu'il n'en était pas sûr.

L'été approchait, et un temps magnifique, comme on en voyait rarement dans le Nord, régnait, et les deux jeunes gens en avaient profité pour marcher autour du village, discutant de vive voix des sujets qui leurs passaient par la tête, temps de repos après une matinée passée à s'entrainer durement à l'épée.
Tandis qu'ils passaient près de la seule route – qui était plus un sentier, d'ailleurs – partant du village, ils entendirent le clopinement caractéristique des fers de cheval sur la terre et les rochers. Se tournant, ils aperçurent, arrivant vers le village, un unique cavalier, à l'allure svelte et élégante. Il ne leur fallut guère de temps pour identifier un elfe, et lorsque celui-ci fut à une vingtaine de mètres, il descendit de cheval et s'approcha d'eux. Avec un sourire, la jeune femme prit la parole :

-Mae Govannen, messire elfe. Je suis Mendra, fille de Bared, le chef de ce village, et voici Esteran. Vous voulez peut-être que je vous conduise à mon père ?

L'elfe posa un regard inquisiteur sur la femme brune qui venait de se présenter. Quelque chose semblait visiblement le déranger...

-Mendra, dites-vous ? Ce n'est pas un nom de Dunedain, où je ne m'y connais pas. S'il vous plait, oui, amenez-moi à votre père.

-Concernant mon nom,c'est une longue histoire, répondit la jeune femme avec un sourire triste. Peut-être l'entendrez vous, d'ailleurs.

Celle-ci s'était approchée de quelques pas, pour l'accompagner dans sa marche, quand il lui jeta soudain un regard horrifié et s'écria :

-Vous... Vous portez un grand mal en vous. Ne m'approchez pas !

La jeune femme eut un hoquet de surprise face à la réaction violente de l'elfe, mais il fut vite remplacé par autre chose. La lueur de son regard changea, et une expression haineuse commençait à se former. Esteran, à ses côtés, remarqua immédiatement le changement et intervint en s'interposant devant son amie. La tenant fermement par les épaules, il lui dit à voix basse :

-Mendra, non, reprends-toi ! Ce n'est pas le moment !

« L'autre », prise par surprise par cette intervention, relâcha momentanément sa concentration et Mendra, qui avait rassemblé ses forces, reprit le dessus. Comme épuisée, elle s'appuya sur son ami, avec un hochement de tête pour le remercier. Tournant son regard vers l'elfe, qui les regardait d'un air inquiet, elle dit d'une voix douce :

-Oui... Nous en reparlerons plus tard. Esteran, accompagne notre invité jusque chez mon père. Et ne t'en fais pas, je peux marcher seule. Je serai à la forge s'il y a besoin de moi.

Lentement, elle prit le chemin du fourneau, où elle avait passé pas mal de temps ces dernières semaines, sans raison apparente, car elle s'était jusque là contentée d'aider à réparer les outils et à affuter les armes qui en avaient besoin – ce qu'elle faisait avec de plus en plus d'adresse, il fallait l'avouer.
Pendant ce temps, Esteran amenait l'elfe, désormais silencieux, dans la hutte de Bared. Le chef du village discutait avec son épouse lorsque les deux pénétrèrent la pièce.

-Bonjour, Esteran... Oh, Soyez le bienvenue, messire elfe. Que puis-je faire pour vous ? Vous n'êtes certainement pas venu dans notre petit village par hasard. Vous voulez quelque chose à boire, peut-être ?

-Merci de votre accueil... Bared, c'est cela ? Je suis Meldas. J'aurai bien un petit peu d'eau, s'il vous plait, ma gourde est vide et la route a été longue depuis Mithlond. Quand à la raison de ma venue, on m'a demandé de vous avertir que des orques ont été vus près des Montagnes Bleues, et se dirigeaient vers l'Est. Dans le doute, les nains et les elfes du Lindon ont décidé de prévenir tous leurs voisins. Vous autres Dunedains étiez en tête de liste, car si ils continuent leur route ainsi, vous êtes sur le chemin.

-Je vois. Je vous remercie de vos informations, nos éclaireurs vont rarement au-delà des collines d'Evendim, et si un groupe important s'était dirigé vers nous, nous aurions pu ne le savoir que trop tard. Je ferai renforcer les patrouilles à l'Ouest pour le reste de l'été.

-Je ne saurai que trop vous le conseiller. Maintenant, permettez-moi de vous demander... Je sens que vous êtes un homme de bien, aussi, je voudrai savoir, qui est cette femme, qui prétend être votre fille, et qui pourtant empeste le Mal comme un de ces traitres de l'ancienne Numenor ?

Bared tourna les yeux vers Esteran, interrogateur.

-Nous étions sur le bord du chemin, Mendra et moi, lorsque Meldas est arrivé. « L'autre » a retenté de prendre le contrôle en le voyant, mais j'ai aidé Mendra à reprendre le dessus.

Bared déglutit. Ca ne pouvait pas tomber au plus mal, pensait-il. Il avait longtemps espéré trouver une solution au problème de sa fille avant que cela ne se sache à l'extérieur, mais il était trop tard, désormais. Parti comme c'était, autant tout raconter et c'est ce qu'il fit : il commença à raconter l'histoire de l'adoption de la jeune fille, et enchainait sur ce qui s'était produit deux ans auparavant, lorsqu'une voix contra, depuis l'entrée :

-Tu oublies de parler de la statuette.

Tous se retournèrent : Mendra était là, un fourreau d'épée à la main. Elle le déposa près de l'entrée, et s'avança d'elle-même vers la cassette où était l'idole.

-Mendra, que fais-tu ? Demanda Bared, sur un ton presque menaçant qu'il ne se connaissait pas.

-Je rattrape tes erreurs.

Ecartant le double fond du coffret, elle prit l'idole et la posa face à l'elfe, montrant en évidence le symbole qui l'ornait. Celui-ci fit un bond en arrière lorsqu'il le vit, s'écriant :

-Ce... Ce n'est pas possible ! Comment avez-vous eu cette chose ?

-Elle était à côté de Mendra lorsque je l'ai recueilli. Les Numénoréens Noirs semblaient lui trouver de l'importance, comme si elle pouvait l'aider dans leurs recherches. Je l'ai prise au cas où nous aurions eu besoin d'en savoir plus.

-Vous ignorez ce dont il s'agit ? Fit l'elfe, effaré, en montrant le symbole.

-La couronne de fer de Morgoth, répondit Mendra d'une voix sinistre, presque dégoutée.

Tous les regards étaient dorénavant tournés vers elle.

-Il n'y a qu'un maigre avantage aux tentatives de possession de ce côté maléfique, qui est en moi... Des connaissances sur les arts noirs que les Numénoréens Noirs entretiennent me viennent à chaque fois, comme une sorte de... mémoire ancestrale. Une mémoire provenant probablement de la magie noire autrefois contenue dans cette idole, et qui s'est déversée en moi. Ce n'est qu'après l'incident de tout à l'heure, que la signification de ce symbole m'est venue.
Je sais ce que vous pensez, messire elfe. Un tel artefact devrait être détruit, et en d'autres circonstances, je serai d'accord. Mais j'ai un défaut : je suis curieuse. Mes... géniteurs recherchaient quelque chose, à l'aide de cette statuette. Il se pourrait qu'elle soit une clé, et si c'est le cas, il pourrait être intéressant de savoir ce qu'elle est censée ouvrir... Pour empêcher d'autres, plus mal intentionnée, d'en prendre possession.

-Ce que vous dites a du sens, mais je peux difficilement vous faire confiance. Rien que le fait que vous connaissiez le nom du Noir Ennemi m'inquiète, car peu d'hommes, hormis les traîtres qui l'adorent, connaissent ce nom.

Mendra soupira, et sembla faiblir. Esteran alla immédiatement à côté d'elle, prêt à la soutenir, ce qui la fit sourire :

-Ca va, mon vieux, je ne suis pas encore mourante. J'ai dépensé plus que je ne le pensais tout à l'heure. Quand à vous, Meldas, vous avez raison de ne pas me faire entièrement confiance. Car si rien n'est fait, d'ici quelques années, je ne serai plus capable de gagner la bataille que je mène constamment à l'intérieur de moi-même. Si nous voulons tenter quelque chose, c'est maintenant, tant que j'arrive encore à maintenir l'autre en respect.

Face à cette révélation, Bared ne put s'empêcher de se laisser aller au désespoir. Il ne doutait pas de la véracité des mots de sa fille.

-Et as-tu la moindre idée de ce qu'il nous faut tenter ? Tenta son père adoptif.

L'inquiétude, réelle, de cet homme pour elle fit du baume au coeur à la jeune femme. A côté, elle voyait son épouse, qui se retenait, visiblement prête à pleurer si jamais la mauvaise nouvelle devait tomber. Fermant brièvement les yeux, elle se laissa porter par l'amour qu'elle ressentait pour ces deux personnes, quand elle ressentit une autre force, à ses côtés. Les rouvrant, elle croisa le regard d'Esteran, et elle vit qu'il n'avait pas encore perdu espoir, qu'il croyait en elle autant qu'elle pouvait croire en lui. Pourtant, elle avait peur de le décevoir lorsqu'elle répondit :

-Non. Malheureusement, je ne sais pas quoi faire. Mais...

Son regard se posa vers Meldas, et ce dernier comprit. Les elfes connaissaient bien plus de choses que les hommes sur les luttes de l'esprit, et sur la magie en général. Si quelque chose pouvait l'aider, en Terre du Milieu, c'était la connaissance des elfes, ou rien. C'est alors qu'il le sentit, aussi fortement qu'il avait ressenti les ténèbres qui envahissaient la jeune femme. La lumière qui habitait le coeur de la jeune femme, et qui luttait sans faillir – ou presque – pour tenir.

-Mademoiselle, il se pourrait que je vous ai mal jugé, finit-il par dire. Mes maigres talents me permettent tout juste de percevoir le conflit qui est en vous, mais je peux vous amener à Mithlond, où nos guérisseurs pourraient vous aider, si c'est en leur pouvoir.

Elle hocha la tête avec un sourire. Elle n'espérait pas meilleure proposition.

-Très bien, dit Bared. Meldas, Esteran, si vous le voulez bien, laissez-nous quelques instants. J'aimerai parler avec ma fille.

Mais la jeune femme retint son ami par l'épaule, et lança un regard sans appel à son père.

-Non. Tu restes, parce que ce que j'aurai à dire te concerne, mon ami.

-Inutile de dire quoi que ce soit, répondit le jeune homme dès que Meldas fut sorti. Je t'accompagne.

Bared les regarda tous les deux, soudainement peu sûr de lui.

-On dirait que vous avez déjà pris votre décision, tous les deux.

-C'est la seule solution, père, répondit la jeune femme, si toutefois il y en a une. Au début, je voulais dire à Esteran qu'il n'était obligé de rien, mais s'il veut y aller avec moi, je ne ferai rien pour l'en empêcher. Si nous devons partir, le plus tôt sera le mieux. Esteran ?

-Comme je devais partir en patrouille demain, j'ai déjà un sac de provision et mes affaires de voyage qui sont prêtes, répondit le jeune homme. Je vais les chercher et préparer des chevaux pour nous deux, si c'est possible.

Bared hocha la tête, lui donnant son accord. Si tous les Dunedains savaient monter, ils n'avaient que peu de chevaux, aussi ne les utilisaient-ils qu'en cas de nécessité, comme c'était le cas ici. Lorsque le jeune homme fut sorti, Mendra commença de même à préparer ses affaires, et prit par la même la statuette, en expliquant :

-Je la prends. Il y a encore un peu de pouvoir en elle, elle pourrait servir aux elfes pour étudier la magie qui m'habite.

L'homme hocha la tête. Les connaissances – même si elles provenaient de l'influence d'une magie noire – et l'apparente sagacité de la jeune femme ne cessaient de l'étonner. Finalement, elle partit pour Mithlond, accompagnée d'Erestan et tous deux guidés par Meldas.
Le voyage jusqu'à Mithlond se passa bien, et furent comme des vacances pour la jeune femme qui n'avait pu quitter le village depuis presque deux ans. En arrivant, Meldas expliqua immédiatement la situation à ses supérieurs. Les délibérations furent de courtes durées, et les deux jeunes gens furent menés face à un vieil elfe. Il fallut d'ailleurs quelques instants à Erestan pour s'assurer que c'était bien un elfe, car il était persuadé que les elfes ne portaient pas la barbe, et celui qui se tenait face à lui en avait une longue. Et vieux, il l'était, car il était l'un des premiers elfes à fouler du pied la Terre du Milieu : c'était Cirdan, celui qu'on surnommait le Charpentier, qui allait s'occuper de Mendra. Avec patience et attention, il écouta le récit que lui fit la jeune femme de ses origines, et du mal qui l'habitait. Il fronça les sourcils en voyant la statuette qu'elle avait amené, mais loua son intuition, car il était effectivement possible que l'artefact ne soit pas inutile.
Il posa quelques questions, précises, à la jeune femme, pour tester ses connaissances et voir sa volonté. Lorsqu'il fut satisfait des réponses, il l'amena dans une chambre et l'invita à s'allonger, après avoir posé la statuette sur une table au centre de la pièce.

-Nous allons tenter quelque chose, dit-il. Plutôt que de détruire la magie noire qui t'habite, ce qui pourrait te blesser intérieurement, nous allons agir en douceur et faire sortir d'elle-même cette magie, en l'invitant à retourner dans son réceptacle d'origine, la statuette. Cela risque d'être douloureux, il te faudra tenir bon. Quand à toi, jeune homme, installe-toi près de ton amie, et soutiens-la, montre-lui ta présence. Avoir un ami à ses côtés l'aidera certainement à s'en sortir.

Personne ne réagit face à la signification de ces mots : ils avaient compris les risques qu'encourait Mendra si jamais le rituel échouait. Et Cirdan commença, récitant une étrange incantation elfique. La respiration de la jeune femme se fit calme et profonde, tendit qu'en contraste, la tension augmentait dans les formules du vieil elfe. Puis, après plusieurs minutes de la sorte, la jeune femme hurla de douleur, au même moment où le Charpentier sentait une résistance face à son sortilège. Puis tout s'arrêta : la jeune femme tomba inconsciente, et Cirdan respirait lourdement.

-Je... Je crois avoir fait une erreur.

-Comment cela ? Demanda Esteran, qui ne comprenait pas ce qui venait de se passer.

-J'ai voulu extirper les ténèbres de cette jeune femme... Mais les ténèbres font partie de son être. Quand j'ai voulu forcer les ténèbres à sortir, ça a failli la tuer. J'ai dû arrêté avant qu'il ne soit trop tard... Mais ce n'est pas terminé. Le combat est en elle, maintenant, et je n'y vois d'autre fin que la mort.

L'elfe, lisant la peur dans les yeux du jeune homme, alla près de lui, et lui posa la main sur l'épaule dans un geste qui se voulait rassurant. Mais les mots qu'il prononça ne l'étaient pas :

-Sans le vouloir, j'ai réveillé complètement sa part maléfique, et à présent, lumières et ténèbres se battent en elles. Les ténèbres en elles sont les héritières de plusieurs générations de descendants de Numenor vouées au Mal, et elles sont renforcées par la magie de l'idole de Morgoth, tandis que la lumière en elle n'a pour origine que l'éducation apportée par les tiens, et ta présence. Oui, ajouta-t-il en voyant son regard surpris, même maintenant, elle continue de sentir ta présence, jeune homme, tel un phare sur une côte frappée d'une tempête. En vérité, il est possible que si tu ne l'avais pas soutenu tout ce temps, elle aurait peut-être déjà sombré. Mais le problème est ailleurs. Cette fille a une forte puissance en elle, et cette puissance a accepté la lumière qu'on lui a offert toutes ces années, si bien qu'elle est autant un être de lumière que de ténèbres. Ce qui signifie qu'à l'instant où l'une de ses deux personnalités détruira l'autre, elle mourra, car elle ne peut vivre qu'avec les deux en elle.

Le jeune homme l'entendait, mais toute son attention était focalisée sur la jeune femme, dont il tenait désespérément la main. Son esprit dériva aux souvenirs qu'il avait d'elles, et aux quelques fois où « l'autre » avait pris le dessus... Mise à part la première fois, quand elle s'était éveillée, Esteran était là à chaque fois, et il avait aidé la jeune femme à revenir à chaque fois... Comme si...
Lentement, Cirdan se dirigeait vers la sortie, et commençait à ouvrir la porte pour laisser là les deux jeunes gens, quand la voix du Dunedain l'arrêta :

-Attendez, Cirdan ! Je crois avoir une idée.

Il développa ce qu'il venait de comprendre au vieil elfe, et le regard de celui-ci s'illumina : quelle merveille que l'inventivité des Hommes, quand ils s'y mettaient. Peut-être que finalement, il y avait un espoir pour la jeune femme.

________________

Mendra ouvrit les yeux : elle était dans un étrange univers de lumière et de ténèbres, teinté de gris en son centre. Elle était vêtue de la tenue des Dunedains, et avait une épée à la ceinture. Debout dans cette étrange univers, elle se tenait près de la bordure, du côté de la lumière. Tournant la tête, elle aperçut un reflet d'elle-même, mais habillée d'une tenue plus sombre, en bordure des ténèbres. Sans prévenir, l'autre « elle » s'avança et dégaina son épée :

-Je sais pourquoi tu es chez les elfes : tu veux te débarrasser de moi. Mais ils n'ont pas pu me défaire, car je suis toi ! Je suis celle que tu aurais dû être, ta véritable nature.

-Tu dis cela, mais nous sommes deux personnes différentes. Je n'ai rien à voir avec toi. Accepte le fait que je ne sois pas toi, et laisse-moi en paix !

L'autre ricana, comme si elle avait entendu une bonne plaisanterie.

-Oh, mais nous avons plus en commun que tu ne veux bien l'admettre. Nous n'avons juste pas les mêmes valeurs. Ah, et aussi : toi, tu es faible.

Et comme pour appuyer ses propos, elle chargea. Mendra put tout juste dégainer et parer le coup, et tenta une réplique
qui balaya le vent : l'autre était déjà derrière elle. De toute évidence, l'autre avait un clair avantage physique sur elle, mais Mendra ne se laisserait pas faire pour autant. Contre toute attente, elle parvenait à tenir, se relevant à chaque fois qu'elle flanchait, comme si quelqu'un l'aidait à se redresser et à supporter chaque coup. C'est à ce moment là qu'elle remarqua comme une étrange chaleur d'une de ses mains, une chaleur familière : celle d'Esteran, qui était à ses côtés.

_________________

Dans la chambre, Esteran se réveilla tandis que le soleil se levait. Depuis trois jours, il n'avait pas quitté le chevet de Mendra, et n'avait lâché sa main que pour manger et boire. Cirdan et deux autres guérisseurs elfes venaient régulièrement afin d'observer l'état de la jeune femme, qui n'avait jusque là fait qu'empiré : une terrible fièvre s'était emparée d'elle le premier soir, et n'avait jamais faiblit. Ses longs cheveux bruns s'étaient mis à tomber les uns après les autres, si bien qu'il avait sous les yeux une jeune femme presque chauve. Caressant de sa main libre la tête de la jeune femme, il sentit un léger picotement : ils commençaient à repousser. Intérieurement, il espérait que c'était un signe de progrès, bien que la fièvre n'ait pour le moment pas baissée. Pour la énième fois depuis qu'il avait discuté avec Cirdan, il se pencha près de la jeune femme, et lui dit en un murmure :

-Tu dois t'accepter toi-même.

_________________

-Tu dois t'accepter toi-même.

La voix résonna dans l'esprit de Mendra, interrompant momentanément le combat. Apparemment, l'autre l'avait entendu aussi.

-Qui est-ce !? Hurla l'autre, comme si elle ne pouvait accepter qu'on vienne s'infiltrer sur le lieu de leur combat pour les interrompre.

C'est qu'elles n'étaient pas belles à voir, tant l'une que l'autre. Chaque coup, chaque blessure était rendue instantanément par l'autre, tel le reflet d'un miroir. Impossible de mesurer le temps dans ce lieu de lumières et de ténèbres qu'était leur esprit. Combien de temps s'étaient écoulées au dehors ? Des heures ? Des semaines ? Ou peut-être quelques secondes ? Impossible de le savoir.
Mais Mendra avait reconnu cette voix. Elle avait déjà cru l'entendre, plus tôt, mais elle n'y avait pas prêté attention, car elle était trop faible pour comprendre ce qu'elle disait. Cette fois seulement, elle l'avait atteinte... Non, elle les avait atteintes.
C'était la voix d'Esteran, elle l'aurait parié. Maintenant demeurait une question : Pourquoi ? Qu'est-ce que cela signifiait ? Un hurlement suivi d'un bruit de pas lui indiqua qu'elle ne pouvait plus réfléchir. Se retournant, elle para in-extremis l'attaque de son double, et frappa le flanc. Mais l'épée de son vis-a-vis, comme par magie, se détourna et frappa son flanc à elle de la même façon. Encore une fois, toutes deux écopèrent d'une blessure identiques. Il y avait quelque chose d'étranges, d'anormales à cela. L'analogie du miroir lui revint en tête. C'était comme si...
Elle lâcha son épée lorsque la révélation lui vint, puis elle éclata de rire. Un rire ironique, et à la fois soulagée : tant de souffrances inutiles elle s'était infligée ! Et pourtant, cela signifiait qu'il devait y avoir une issue à ce combat.

-Qu'est-ce qui t'arrive ? Ma pauvre tu as complètement craquée ! S'écria l'autre avec un sourire. Bien, laisse-moi te terminer, qu'on n'en parle plus.

-Et pour faire quoi, ensuite ? Répliqua Mendra. Nous sommes chez les elfes. Ils sentiront le mal en toi, ils ne te laisseront pas t'enfuir. Et à quand bien même... Tu ne peux pas me tuer.

-Tu crois vraiment ? Je vais te prouver le contraire !

Alors qu'elle s'avançait tout en levant son épée, Mendra contra le geste d'une simple action : elle laissa aller un de ses doigts contre le tranchant de son épée, perçant ainsi la peau et un peu de chair. Une exclamation de surprise, plus que de douleur, se fit entendre à quelques pas d'elle, tandis que l'autre regardait sa main, où une coupure semblable. Elle regarda sa main, puis celle de Mendra, et eut un hoquet de stupeur.

-Qu'est-ce que...

-Tu te souviens quand tu as dit que nous n'étions pas si différentes ? Et bien tu avais raison. Nous sommes la même personne ! Depuis le début, chaque blessure que l'une inflige, elle la reçoit, et ça marche dans les deux sens. Si tu me tues, tu mourras avec moi. C'est triste à dire, mais on ne peut pas vivre l'une sans l'autre.

-Non ! Je le refuse ! S'écria l'autre. Plutôt mourir que de devoir te supporter.

-Tu dois t'accepter toi-même.

La voix avait retenti à nouveau dans leur esprit.

-Ca suffit ! Laisse-moi en paix !

-Esteran... De la même façon que tu sais ce que je fais, je connais tes pensées lorsque tu prends le contrôle. Ce n'est pas pour rien qu'à chaque fois qu'il intervient, tu baisses ta garde...

-Silence !

-Et en plus, je l'ai senti, nous avons une même quête. Le secret derrière la statuette. Il m'intéresse pour d'autres raisons, mais nous sommes à sa recherche, toutes les deux. Encore une fois, c'est vrai, nous avons plus de points communs qu'il n'y paraît.

-Et alors ? Nos buts restent opposés...

Mais Mendra la sentait fléchir. La chaleur qu'elle percevait toujours dans sa main lui donnait du courage, tandis qu'elle perturbait l'autre – non, elle ne devait plus penser à elle comme quelqu'un d'autre, mais comme une autre facette d'elle-même. Car c'est ce qu'elles étaient : deux faces d'une même pièce, qui jusque là avaient voulu s'entre déchirer... Mais la pièce n'a de valeur que si elle est complète. La voix résonna à nouveau dans leur esprit, avec les mêmes paroles. Accepter... On ne peut accepter que ce que l'on reçoit. Son visage s'illumina : elles devaient faire plus qu'accepter que l'autre existe et soit : elles devaient se recevoir. Autrement dit, elles devaient ne devenir qu'une.
Son double fit la grimace : elle devait être arrivée à la même conclusion. Lentement, Mendra se redressa, et se plaça face à son reflet, et lui prit la main.

-Ca ne me plait pas forcément non plus, mais c'est la seule option, et il nous faut le faire maintenant.

-Maintenant ? Drôle de mot dans un endroit où l'on ne peut mesurer le temps.

-Une idée du temps qui s'est passé dehors ?

-Non, aucune.

-Alors dépêchons-nous, il ne faudrait pas faire attendre Esteran plus que nécessaire, tu ne crois pas ?

Avec un semblant de sourire, son double serra sa main et ferma les yeux. Pour une fois... Elles étaient d'accord.

_________________


C'était le cinquième soir. Doucement, il fit boire un petit peu d'eau à la jeune femme, puis s'installa sur la chaise près du lit, tenant toujours sa main dans les siennes. Il avait eu l'impression que la fièvre commençait à tomber, et il espérait ne pas avoir halluciner. Il commençait à être vraiment fatigué, et il s'était probablement trompé. Il commença à dodeliner de la tête. Oui, il avait besoin de sommeil...

Esteran cligna des yeux. Mendra se tenait devant lui, un sourire triste sur le visage – ce sourire qu'elle avait si souvent affichée ces derniers mois.

-Je suis venue te dire adieu une dernière fois. Mais ne t'en fais pas, tout ira bien.

-Adieu ? Attends, non...

Esteran essaya de s'avancer, mais le silhouette de la jeune femme disparut dans le néant. Il se mit à crier :

-Non, ne pars pas !

Et il ouvrit les yeux sur la chambre. L'aube commençait à pointer le bout de son nez par la fenêtre : le soleil se lèverait dans la demi-heure. Entendant du bruit au-dehors, il se dit qu'il avait dû crier pour de vrai, et s'apprêtait à se lever quand une réponse lui parvint, à côté de lui :

-Ne t'inquiète pas, sombre idiot, je n'ai pas l'intention de partir de si tôt.

Le temps sembla s'arrêter pour le jeune homme. Il n'osait pas tourner la tête, de peur d'avoir eu affaire à une hallucination. Prenant son courage à deux mains, il finit par pivoter.
Mendra lui jeta un petit sourire, et essaya de se redresser légèrement. Elle ne savait pas combien de temps elle était restée comme ça, mais c'était suffisant pour la laisser sans force. Son ami l'aida, puis, n'y tenant plus, la serra fort dans ses bras, laissant couler quelques larmes de soulagement. Avec un sourire, elle lui rendit son étreinte, si tant est qu'elle le pouvait étant donné ses maigres forces. Au même instant, Cirdan et un guérisseur, qui avaient entendu le cri du jeune homme, débarquèrent, pour ressortir aussitôt à l'initiative de l'elfe barbu : ils avaient bien mérité un peu d'intimité après cette épreuve.

[la deuxième moitié dans le prochain post]



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"Eva, Jikel, Raito, Glonthein, Daralia, Mendra, RSA, et bien sûr, L'Ancien, sont heureux de vous accueillir au sein du clan des rôlistes bons à enfermer. Nous vous rappelons que le clan ne sera nullement tenu responsable des éventuels séjours en asile de nos membres."

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Dernière édition par Mendra Daskil le Mar 18 Aoû - 11:10, édité 3 fois
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Daralia
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MessageSujet: Re: Mendra Daskil [Enfin Terminé]   Lun 17 Aoû - 23:51



Histoire


[Suite de l'histoire]

Après quelques heures à se reposer et manger un peu, la jeune femme fut capable de tenir debout, avec l'aide de son ami, allèrent saluer les elfes. Lorsqu'ils arrivèrent face à Cirdan, celui-ci marqua un temps d'arrêt pour remarquer la transformation de la jeune femme : à l'intérieur, elle n'était plus que force et harmonie. Une harmonie assez singulière entre les forces de la lumière et des ténèbres qui l'habitaient, et qui étaient toutes deux bien plus fortes qu'elles ne l'étaient à l'arrivée de la jeune femme. A l'extérieur, Mendra semblait plus sereine, et affichait une détermination nouvelle. Enfin, détail étrange, ses cheveux semblaient repousser dans une autre couleur, mais ça, elle semblait ne pas l'avoir encore remarqué, et Esteran n'avait pas l'air très pressé de le lui dire. Finalement, après lui avoir dit qu'elle semblait bien se remettre, il l'emmena dans une salle avec un miroir et lui conseilla de se regarder. Elle lui fit remarquer qu'elle savait qu'elle n'avait presque plus de cheveux... Et eut une surprise en voyant les petits poils blancs dépasser de sa tête.

-Eh bien... Me voilà vieille avant l'heure... Sans vouloir vous offenser, ajouta-t-elle avec humour en observant la barbe blanche de leur hôte.

Les quelques journées qui suivirent permirent à la jeune femme de recouvrer progressivement ses forces. A l'issue de la semaine, l'un des assistants de Cirdan vint la voir, et demanda à parler en priver.

-Le seigneur Cirdan vous souhaite un bon rétablissement. Malheureusement, il a dû repousser beaucoup de travail pour s'occuper de vous, maintenant que votre problème est plus ou moins résolu, il ne s'occupera plus de vous directement. S'il vous plait, à l'avenir, si vous avez besoin de quelque chose, ou s'il y avait le moindre problème, veuillez venir me voir. Je suis Londor.

-Je comprends, bien sûr. Sur le plan physique, tout ce dont j'ai besoin est de repos et d'un peu de remise en forme. En revanche, sur le plan mental, tout est à redécouvrir... Comment expliquer... Connaissez-vous tous les détails sur ma condition ?

-Je faisais parti de ceux qui s'occupaient de vous pendant votre convalescence, et j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec votre compagnon, qui m'a raconté votre histoire.

Entendre Esteran se faire appeler son « compagnon » lui fit un drôle d'effet, mais elle ne releva pas, et répondit :

-Bien. Dans ce cas, vous savez que deux personnalités demeuraient en moi... Pour raccourcir, même si c'est plus complexe, on pourrait les décrire comme la Dunedaine et la Numénoréenne Noire. Et bien... Je ne suis aucune de ces deux personnes, et plutôt une fusion des deux. Je possède leurs connaissances, certains traits de leur personnalités... Mais il y a également du nouveau en moi. En gros, j'ignore encore qui je suis, et qui je pourrai devenir.

-Je peux vous répondre une chose, de ce que j'arrive à ressentir : vous êtes quelqu'un d'unique. De par votre sang, vous avez une certaine affinité avec les forces magiques, notamment celles de la lumière et des ténèbres. Lorsque vous êtes arrivée, il était difficile pour nous autres elfes de nous tenir près de vous car les ténèbres débordaient de vous de manière chaotique – de même que la lumière, comprenez-moi bien. Mais nous sommes bien plus sensible à la présence du mal. C'est caractéristique de la race des Hommes, car ils ont tendance à ne pas bien contrôler leurs émotions. Mais à présent, quelqu'un qui passerait près de vous ne remarquerait... rien. Aucune énergie particulière n'émane de vous. Mais si on « regarde » avec attention, vous êtes en réalité très forte dans les deux éléments... et en harmonie. Si vous aviez appris quelques connaissances magiques – ce qui est peu probable vu votre jeune âge – vous pourriez invoquer des pouvoirs ténébreux comme lumineux sans incidence sur vous-même. C'est impressionnant – et effrayant.

La jeune femme essaya d'assimiler une chose, et ce qu'elle comprit la terrifiait et la fascinait : elle pouvait faire le pire comme le meilleur, en fonction de la voie qu'elle empruntait, et elle serait, théoriquement libre d'emprunter celle qu'elle souhaitait. Mais pour l'heure, elle se souvenait du pacte fait entre celles qui lui avaient donné naissance, et prit la parole en ce sens :

-Je comprends. Si c'est possible, j'aimerai rester un certain temps, plusieurs mois peut-être, parmi vous, et apprendre tout ce qui peut l'être. Je possède également des connaissances venues de la magie noire de la statuette, qui pourraient être partagées et confrontées à votre savoir, si vous êtes intéressé.

Un raclement de gorge se fit entendre, et Mendra fit une légère grimace : elle n'avait rien dit à Esteran de son intention de rester ici quelques temps. Mais alors qu'elle s'attendait à une protestation, l'homme se contenta de sourire : il aurait juste voulu être prévenu.
La discussion continua encore un peu, sur des sujets plus divers concernant la vie à Mithlond, puis Londor les laissa. Se sentant un petit peu taquine, elle lança d'un air moqueur, tout en prenant le bras d'Esteran :

-Et bien, que dirait mon « compagnon » d'une petite balade sur le bord de la mer ?

Le jeune homme éclata de rire, franc et honnête : il avait lui aussi relevé l'expression usité par l'elfe. Mais quoi qu'il en pensa, il ne semblait en tout cas pas s'en plaindre.

________________

Ils restèrent un an à Mithlond, après avoir fait envoyer un message pour que les leurs ne s'inquiètent pas. Une certaine routine s'installa pour les deux jeunes gens : le matin était dédié à l'entrainement physique, car ils étaient décidés à ne pas perdre la forme. Ils apprirent également les techniques de combat à l'épée des elfes, qui se battaient plus avec dextérité et adresse qu'avec force et puissance, et leur style s'avéra parfaitement compatible avec la jeune femme, qui devenait une épéiste de talent. Après une pause le midi, leurs chemins se séparaient : Mendra, dont la curiosité naturelle n'avait guère changée après ses épreuves, passait ses après-midi en compagnie d'érudits et dans les bibliothèques, afin d'approfondir ses connaissances, et elle semblait montrer un intérêt tout particulier sur l'histoire du Premier Age, période sur lequel les hommes avaient tant oubliées, si ce n'est quelques chansons qui parvenaient à traverser les générations. Esteran, quand à lui, essayait de se rendre utile là où il le pouvait, et, à défaut, allait s'entrainer au tir à l'arc. Le soir, avec le repas, était l'heure des contes et des histoires, et tous s'installaient et écoutaient avec attention le conteur du jour.
Puis vint le jour où Mendra annonça qu'ils partiraient bientôt. Les préparatifs se firent, et la veille de leur départ, ils parvinrent à voir une dernière fois Cirdan, pour le remercier pour ce qu'il avait fait pour eux – et surtout pour elle. Il prit les remerciements avec un sourire, et s'entretint seul à seul avec la jeune femme quelques instants :

-Juste une seule chose. Pour l'heure, tu sembles avoir emprunté la voie du Bien, et j'en suis heureux. N'oublie pas, toutefois, que le Mal fait partie intégrante de ton être. Peu importe tes choix, tu seras toujours au bord du gouffre, et il est possible qu'un jour, tu te laisses envahir par les ténèbres et que tu fasses des choix plus malheureux. Si cela devait arriver, n'oublie pas que de la même façon, la lumière qui est en toi ne peut être détruite, et continuera de guider certains de tes choix. Je le sens : en bien comme en mal, ton rôle sera d'importance dans les années à venir.

C'était un avertissement, mais aussi des paroles rassurantes, et la jeune femme en avait conscience.
Et finalement, Mendra et Esteran repartirent pour leur village dans le Nord. Ils avaient eu quelques nouvelles : les orques avaient passé les collines d'Evendim, et Bared avait préféré déplacé le village dans un endroit plus facile à défendre, et la localisation leur avait été transmise par le biais des elfes. Alors qu'ils partaient, Mendra ne put s'empêcher d'afficher un étrange sourire : les elfes, prévenants, avaient offert un arc neuf à Esteran et un cor à Mendra. Ils avaient également proposé à Mendra de se débarrasser pour elle de la statuette, mais elle avait refusé, déclarant qu'elle avait encore une utilité. Des mots sibyllins, mais elle ne leur avait donné aucune raison de se méfier d'elle depuis son épreuve, ils la laissèrent donc faire. Alors qu'ils partaient, le jeune homme ne put s'empêcher une petite plaisanterie :

-On aurait dû te trouver un casque. Tes parents ne vont pas te reconnaître maintenant que tu es vieille.

Elle secoua la tête avec un sourire. Ses cheveux avaient bien poussés, lui arrivant maintenant jusqu'au cou, mais ils étaient décidés à rester  de ce blanc, presque argenté, qu'ils avaient pris. D'une certaine façon, elle était complètement devenue quelqu'un d'autre.
Le voyage se déroula relativement bien, jusqu'à ce qu'ils arrivent dans leur région natale. Ils n'étaient plus qu'à quelques heures de chevauchée, mais la nuit tombait, et avec elle, un brouillard épais commençait à se former. Prudente, la jeune femme décida de s'installer dans un endroit isolé, au coeur d'un petit bosquet d'arbre, et ils dormirent là sans feu, les températures n'étant pas trop basses. Ils se réveillèrent un peu avant l'aube, et une odeur assaillie leur narine : une faible puanteur, portée par le vent, et atténuée par l'humidité du brouillard qui ne s'était pas encore levé. Inquiets, ils vérifièrent leur matériel et leurs montures, puis se remirent en route. Tandis qu'ils avançaient, et que le brouillard se dissipait lentement, Esteran, en bon pisteur, remarqua qu'ils chevauchaient sur de nombreuses traces de pas, et que l'odeur qui les avait réveillé ne faiblissait pas, au contraire. C'est alors qu'ils trouvèrent un cadavre : le visage verdâtre et immonde, un corps défiguré de blessure et mal formé en divers endroits...

-Des orques, lâcha le jeune homme. Ils ont dû trouver notre village.

-Écartons-nous du sentier, et soyons discrets. Avec un peu de chance, nous pourrons rejoindre les nôtres avant le début de la bataille.

S'accordant sur ce plan, ils reprirent leur route, passant par les bosquets et les prairies, et gardant l'oeil ouvert. Ils arrivèrent en vue du village – ce qui, avec la brume, signifiait à peine un petit kilomètre – en même temps que les orques, qui heureusement n'avaient pas remarqué deux cavaliers isolés. Ils étaient une centaine, et n'étaient guère plus grand que des gobelins, mais ça resterait un combat difficile, le village ne comptant qu'une cinquantaine d'habitant tout au plus.
La jeune femme tira son épée, et fit signe à Esteran de prendre son arc. Ils se mirent de flanc face aux orques qui avançaient sur le village, et entendirent les cris des habitants qui prenaient les armes. Finalement, quand les orques attaquèrent, la jeune femme passa à l'action. Elle fit passer sa monture au galop, fit signe à son ami de commencer à tirer et sonna du cor. Le son résonna dans la vallée, et perturba les orques, qui craignaient sans aucun doute une arrivée d'elfes. Ils furent sans nul doute surpris lorsqu'une unique cavalière perça leurs lignes et pénétra dans le village, où les combats commençaient. Se sentant plus à l'aise à terre, elle amena sa monture à l'écart et descendit de cheval. Plusieurs Dunedains montrèrent leur surprise en voyant débarquer la cavalière, qu'il ne reconnaissait pas, mais ils n'étaient pas contre une épée supplémentaire. En haut d'une butte, elle aperçut Esteran, à moitié dissimulé, en train de canarder les orques, mais ce n'était pas lui qu'elle cherchait. Apercevant près d'elle le père du jeune homme en train de lutter face à un orque, elle embrocha la créature et demanda :

-Galadorn, où est Bared ?

L'homme se retourna vers la jeune femme, se demandant qui lui parlait, et afficha un air ravi en reconnaissant la jeune fille.

-Ton père est de l'autre côté, petite. On tiendra bon ici, va l'aider, vite !

Hochant la tête, elle contourna les combattants par derrière et parti de l'autre côté des lignes, tuant au passage deux créatures qui s'étaient faufilées. Elle retrouva finalement celui qu'elle cherchait, en train de lutter avec son épouse contre le double d'orques. Poussant un cri de guerre, elle sauta dans la mêlée, décapitant un premier adversaire qui n'était pas sur ses gardes. Maintenant à égalité en nombre, le combat fut vite terminé. Ses deux parents adoptifs la regardèrent d'abord sans la reconnaître, puis une lueur de compréhension s'afficha dans leurs yeux. Il fallut encore une quinzaine de minutes d'acharnement avant que les orques survivants ne battent en retraite, laissant le village partiellement ravagé. Rares étaient ceux indemnes, et Mendra n'en faisait pas partie, car deux fois elle avait senti les lames orques la toucher, à l'inverse d'Esteran, qui était resté à distance. Les comptes n'étaient pas très réjouissant : une vingtaine de morts, et autant de blessés. Parmi les morts, la jeune femme eut le malheur de découvrir sa mère adoptive. Pour quelques instants, elle se laissa aller à son chagrin, qui était partagé par son père, et Esteran fit de son mieux pour la consoler et la réconforter.
Plus tard dans la journée, le reste du village se réunit pour accueillir comme il se devait les deux jeunes gens de retour. Le changement d'apparence de la jeune femme surprit à peu près tout le monde, mais personne ne fit de commentaire en comprenant qu'elle étai plus ou moins guérie. Elle rentra dans les détails de sa condition avec son père, qui eut du mal à comprendre ce qu'elle voulait dire en expliquant qu'elle était « une nouvelle personne », mais l'important pour lui était qu'elle aille bien. Malgré les pertes et les morts, la vie des Dunedains allaient sans aucun doute se reconstruire petit à petit, et, après un mois passé, la jeune femme annonça à son ami de toujours qu'elle devait faire quelque chose. Pour la première fois, elle lui raconta, presque dans les moindres détails, la confrontation qui avait eu lieu dans son esprit l'année précédente, et le fait qu'elle devait trouver le secret de la statuette, car c'était l'un des souhaits communs de ses deux anciennes personnalités. Chez les elfes, elle avait passé du temps à étudier le Premier Age, car, si c'était bien un artefact ou un trésor qui était dissimulé, c'était à cette époque qu'il avait dû être dissimulé. Bien sûr, il restait possible que ce secret ce soit retrouvé englouti en même temps que le Beleriand, mais elle n'y croyait guère. Quand à son père, elle l'informa simplement qu'elle souhaitait partir en quête d'une cachette ancienne, liée à la statuette, et il demanda à faire partie de l'expédition finale.
Durant un an, et demi, ils cherchèrent. Au fur et à mesure, grâce à ses connaissances et au savoir acquis chez les elfes, elle comprenait l'énigme cachée derrière la statuette et les couronnes gravées : c'étaient des indices. Dans leurs recherches, ils découvrirent une douzaine de symboles, qui semblaient indiquer des directions opposées, ou différentes, elle eut donc pendant longtemps des doutes. Puis, un jour, elle se décida à noter sur une carte de la région les différentes marques, et les directions qu'elles semblaient indiquer. Une idée germa : elle traça des lignes suivant les directions, dans les deux sens. Comme par magie, les traits semblaient se rejoindre en un unique point, au nord du lac Nenuial.
Le lendemain, le groupe prit le départ. Ils étaient trois : Mendra, Esteran et Bared. La jeune femme ayant trouvé la localisation, servait de guide. Ils n'avaient emporté que le strict nécessaire : rations, eau, armes et torches, ainsi que la statuette, car l'intuition de la jeune femme lui soufflait qu'elle lui servirait encore. Il leur fallut quelques jours pour arriver à destination, sous un beau temps de début de printemps, qui contrastait avec l'humeur de Mendra : elle savait que ce qu'elle trouverait là-bas serait bien noire, et ne pouvait s'empêcher d'avoir peur.
Le lieu se présentait sous la forme d'une caverne, visiblement taillée, qui s'avéra difficile à repérer si l'on ne savait pas qu'elle était là. Sentant la fin approcher, ils se dirigèrent à l'intérieur, et ne purent dissimuler leur déception.
Elle était vide.

-Tout ça pour rien, donc ? Lança Bared, en frappant du pied.

-Non, il doit y avoir quelque chose... Mendra ? Répondit Esteran, qui avait commencé à longer les parois.

La jeune femme était au milieu de la caverne, les yeux fermés, essayant visiblement de se concentrer sur quelque chose. Après avoir passé un an chez les elfes, elle pensait avoir compris comment ils faisaient pour identifier et détecter les forces magiques émanant des personnes, des objets et des lieux. Plusieurs fois depuis, elle s'était livrée à l'exercice, et parvenait à repérer certaines auras familières : Esteran, son père, entre autres. De tous deux émanaient majoritairement de la lumière, même si les ténèbres semblaient avoir pris place dans le coeur de son père depuis la mort de son épouse. Mais aujourd'hui, c'était un pouvoir appartenant aux forces du Mal qu'elle recherchait. Scrutant avec son esprit les alentours, elle crut distinguer quelque chose. Rouvrant les yeux, elle vit qu'elle faisait face à un mur, mais cela de l'arrêta pas. Elle l'étudia attentivement et trouva une sorte de cavité. Mue par une intuition dont elle ignorait l'origine, elle sortit la statuette et l'enfonça dans la cavité, dont les dimensions correspondaient parfaitement. Avec un grondement de tonnerre, un passage s'ouvrit sur les ténèbres.
Ils allumèrent une torche et pénétrèrent dans le caveau. Un petit escalier menait à une salle dont le contenu les laissa sans voix : il s'agissait à la fois d'un trésor et d'une armurerie. Pas d'or, mais nombre de statues, gemmes et bijoux, d'un âge impossible à déterminé mais très ancien d'après les estimations de Mendra. Quelques armes et armures assez anodines, la plupart rouillées... Sauf une. Une épée, qui, la jeune femme en était sure, était la source du pouvoir ressenti plus tôt : elle ressemblait aux épées longues utilisaient par les elfes, mais étaient encore un peu plus longue, et était noire comme la nuit. Avant qu'elle ne puisse faire un geste, la jeune femme vit son père se précipiter sur l'épée et s'en emparer. Il hurla, et elle vit une lueur folle dans son regard. Elle se souvint des ténèbres qu'elle avait vu en lui plus tôt, et se rappela divers faits qui lui avaient paru anodins par le passé : le fait qu'il ne parlait jamais de la statuette, la cachant toujours, comme si quelque chose le poussait à tout faire pour qu'on ignore son existence. De toute évidence, la magie noire de l'idole avait manipulé, ou influencé Bared, et à présent, la jeune femme se retrouvait face à un homme rendu à moitié fou par le pouvoir d'une épée puissamment maléfique. Celui-ci se dirigea vers la jeune femme, levant son épée, et elle ne para l'attaque que de justesse. S'écartant, elle réfléchit : que faire ? Elle les avait amenés là, c'était à elle de trouver une solution. Ecoutant à nouveau son intuition, elle lança la torche qu'elle tenait à Esteran, qui ne savait que faire, et, utilisant tous ses talents d'épéiste, parvint à passer sous la garde de son père et parvint à trancher la main qui tenait l'épée noire. Aussitôt, elle l'assomma d'un coup de pommeau et cria à son ami :

-Cautérise sa plaie, vite, avant qu'il ne perde trop de sang. Je m'occupe de l'épée.

Elle lâcha son arme, et jaugea la longue épée qui était maintenant au sol. Tandis qu'Esteran s'affairait auprès de Bared, elle inspira longuement, et prit l'épée tout en préparant ses forces mentales.
Pour se retrouver envahie par un flot de ténèbres.
Esteran avait cautérisé et bandé le moignon de Bared, et observait à présent, dans un silence absolu, la silhouette de sa meilleure amie, penchée en avant, tenant l'épée d'une main, immobile telle une statue. Il trouva ironique qu'il arrivait à apprécier ainsi la beauté de la jeune femme malgré l'urgence et la détresse de la situation. Après une courte hésitation, il s'approcha d'elle et la prit par l'épaule :

-Mendra, je n'ai aucune idée de ce qu'il se passe, mais quoi qu'il arrive, tiens bon, je suis avec toi.

Mais la jeune femme n'était pas inconsciente, seulement concentrée, et le soutien de son ami lui donna la force de repousser et de dominer la puissance de l'épée. Celle-ci était peut-être un artefact puissant, mais si éloignée de son créateur, sa puissance était limitée, tandis que Mendra n'avait jamais été aussi forte. En quelques instants, elle parvint à maîtriser la puissance sauvage de l'arme. Elle réalisait que le prix à payer était un pas de plus vers les ténèbres et le Mal, mais elle pensait pouvoir tenir le coup : il le fallait, en vérité, car elle avait le sentiment d'être une des rares humaines, si ce n'est la seule, à pouvoir porter cette épée sans perdre la raison. Lentement, elle rouvrit les yeux, et se redressa, sous le regard inquiet d'Esteran. Elle remit l'épée noire dans son fourreau.

-Mendra ? Tout va bien ?

-Je... Je crois. Et j'en sais un peu plus maintenant. Cette épée n'est pas n'importe quel artefact : il s'agit de l'épée de Morgoth, le Valar Déchu. Quand à moi... Je sais enfin qui je suis. Ou du moins, quel est mon rôle : garder cette épée, car je suis la seule à pouvoir le faire pour l'instant. Dans quel but je dois le faire, toutefois, cela je l'ignore.

Apercevant son père, allongé et à la respiration difficile, elle écarta son ami pour s'agenouiller près de lui.

-On n'a pas une minute à perdre, il faut partir et le ramener au village, on ne pourra pas le soigner correctement ici. Tant qu'il ne sera pas réveillé, on le portera à tour de rôle, et il faudra probablement l'aider à marcher après son réveil. Mais je refuse de le laisser mourir par mon erreur.

Sans perdre plus de temps, ils emportèrent son père en dehors du caveau, ne prenant que l'épée du trésor de Morgoth. La jeune femme scella l'entrée, et parvint à détruire la statuette à l'aide de l'épée : ainsi, personne ne pourrait pénétrer à nouveau dans le caveau.
Bared se réveilla durant la deuxième journée. Fiévreux, il arrivait tout de même à tenir sur ses deux jambes, tant que l'un des deux jeunes gens l'aidait. Rien ne fut dit sur ce qu'il s'était passé : voyant que la jeune femme portait sur elle l'épée noire, il comprit qu'elle avait réussi là où il avait échoué, et avait préféré ne rien dire, perturbé qu'il était par sa propre faiblesse et sa main perdue.
Lorsqu'ils arrivèrent, la fièvre de Bared avait empiré, mais les Dunedains prirent soin de lui sans poser de question quand à son état. Plusieurs remarquèrent la menaçante épée de la jeune femme, mais elle se contenta d'expliquer qu'elle la garderait à l'avenir. Seuls Esteran et Bared connaissaient la vérité, et tous deux acceptèrent de ne rien dire, comprenant que c'était désormais le fardeau de Mendra. Elle, toutefois, le voyait autrement, car avec la découverte de cet artefact, elle s'était trouvée une voie.

Partie 2 : Déchéance

En sueur, la jeune femme se réveilla dans un sursaut. Au dehors, il faisait encore nuit, le soleil ne se lèverait pas avant plusieurs heures. Ce n'était qu'un cauchemar qu'elle avait fait, se disait-elle, et pourtant, son souvenir la terrifiait : elle, tenant l'épée de Morgoth, menant des hordes d'orques sur le village dans lequel elle vivait actuellement... son village. Le problème, c'est que ce n'était pas la première fois qu'elle faisait des cauchemars : ils se faisaient de plus en plus fréquents depuis qu'elle avait pris possession de l'épée, et tous montraient la même chose, de différentes façons : sa déchéance. Elle n'avait osé en parler en personne, pas même Esteran, mais il se doutait quand même de quelque chose. Tout comme elle, il avait remarqué qu'elle commençait à changer : elle se faisait plus froide que nécessaire avec tout le monde, et alors qu'à son retour de Mithlond, elle était devenue calme et sereine, elle sentait parfois la colère monter en elle pour des raisons idiotes. Certains l'attribuaient à la pression sur ses épaules, car depuis qu'il avait perdu sa main, Bared lui demandait de s'occuper d'un certain nombre de choses pour le village, lui-même n'étant plus capable de tenir une arme. Mais elle connaissait la vérité : bien qu'elle ait théoriquement maitrisé l'épée, l'arme était un artefact lié au Mal de part son créateur. En s'y liant, malgré sa force, elle était sous l'influence constante des forces des ténèbres. Elle ne désespérait pas que parce qu'on l'avait prévenu que ce serait son destin, et, chose merveilleuse, elle avait toujours Esteran à ses côtés. Parfois, elle se demandait ce qu'elle serait sans le jeune homme, et si elle n'éprouvait vraiment que de l'amitié pour lui, tant il semblait compter pour elle. Quand elle se mettait en colère, ou traitait tout avec froideur, le simple fait de penser à lui l'apaisait, et ses remarques parvenaient toujours à la dérider. Ce fut sur ces pensées que la jeune femme parvint à replonger dans un sommeil cette fois sans rêve.

Deux ans avaient passé, et tout se passait bien au village. Bared, qui s'était remis de sa blessure, dirigeait toujours le village, mais il laissait maintenant Mendra gérer les patrouilles et les sorties afin de garder la région sûre. Elle avait elle-même participé à deux battues pour chasser des orques, et par deux fois, ses compagnons avaient pu constater la puissance et la terreur qu'inspirait la jeune femme lorsqu'elle dégainait son épée noire face à l'ennemi, à un tel point que même certains de ses alliés ne pouvaient retenir des frissons.
Heureusement, les choses s'étaient calmées dans la région ouest de l'ancienne ville de Fornost, où ils étaient désormais installés. Cela faisait plusieurs mois que les patrouilles n'avaient rien signalé, et un peu de paix ne faisait pas de mal après les évènements des dernières années.
La jeune femme était occupée à préparer à manger pour elle et son père quand quelqu'un la souleva par surprise. Elle poussa une exclamation, et attendit d'être reposée pour se retourner. Elle ne posa aucune question, car une seule personne osait se comporter de la sorte avec elle : Esteran. Cela faisait 3 jours qu'il était parti en patrouille, et elle se sentait mieux rien que de le voir.

-Bon retour, lança-t-elle avec un sourire. Du nouveau ?

-On a croisé une autre patrouille, mais eux venaient de la région de la Comté. A part ça, rien à signaler. Tout va bien ? Fit-il, soudain, semblant remarquer quelque chose. Tu as encore fait un cauchemar, pas vrai ?

La jeune femme soupira. Ca lui avait pris du temps à s'habituer à son changement de personnalité après Mithlond, mais à présent, on aurait dit qu'il lisait en elle comme dans un livre ouvert. Peut-être qu'elle devrait lui en parler, après tout...

-Oui, fit-elle tristement. Si tu veux, on pourra en parler plus tard. Tiens, ça te dirait de manger avec nous ?

-Si c'est toi qui fait à manger, je suis mal placé pour refuser, je n'ai pas mangé de vrai cuisine pendant trois jours, se réjouit-il.

Les deux jeunes gens finirent de préparer le repas ensemble, qu'ils partagèrent avec Bared. Les voir ensemble lui arrachait toujours un sourire, et ils étaient tout bonnement inséparables. Un peu plus tard, les deux amis s'éloignèrent du village pour s'installer près d'un cours d'eau. A moitié allongés dans l'herbe de fin de printemps, la jeune femme fut soulagée de pouvoir retirer de son dos l'arme qu'elle portait en permanence, afin d'éviter que quelqu'un ne soit tenté de la toucher, et soit potentiellement pris de folie comme son père l'avait été deux ans auparavant.

-Bien. Tu voulais me dire quelque chose à propos de ces cauchemars que tu as ?

La jeune femme hocha la tête et lui décrivit le contenu de certains de ses cauchemars, et ses peurs quand à l'avenir. Inquiet, Esteran lui mit la main sur l'épaule, comme pour les rassurer tous les deux.

-Je crois que je comprends mieux tes changements d'humeur depuis quelques temps... J'ai juste une question : est-ce que j'apparaissais dans un de ces cauchemars ?

Mendra fronça les sourcils, essayant de se remémorer : elle n'avait à vrai dire jamais fait attention à ce détail, et elle comprit la justesse de la remarque : elle ne se souvenait pas avoir vu son ami, d'aucune façon, dans ces visions... Négativement, elle secoua la tête, n'osant parler de peur de montrer l'inquiétude que cela lui inspirait. Mais tout au contraire, le Dunedain prit la nouvelle avec joie :

-Hé bien, voilà qui règle tout, non ? Mendra, je sais que tu as peur que ces visions deviennent réalité, mais elles ne seront pas, pas tant que je resterai à tes côtés. Et ça, ça ne risque pas de changer, je te le promets.

Un triste sourire s'afficha sur la jeune femme, face à la déclaration de son ami. Elle ne put s'empêcher de porter ses bras autour de ce jeune homme qu'elle considérait comme son meilleur ami, espérant de tout son coeur qu'il avait raison.

La nouvelle leur parvint deux semaines plus tard, par le biais d'un rôdeur venu du Sud. Une bande d'orques, menée par un cavalier vêtu de noir, était remontée d'Eregion et avait déjà mis en déroute deux patrouilles de Dunedains. Sous la tutelle du cavalier, les orques étaient organisée et bien plus redoutables. On avait d'abord supposé qu'ils essayaient de se rendre à l'ancienne forteresse de Carn Dum, mais ils avaient dévié vers le Nord-Ouest après avoir dépassé les Collines du Vent. Mendra comprit vite l'implication : ils passeraient près de leur village, sans nul doute, et ils n'avaient pas suffisamment de guerrier pour se défendre. Par prudence, et avec l'accord de son père, la jeune femme décida de faire à nouveau déplacer le village, et de l'amener au Sud, derrière la protection relative du Baranduin. Il leur fallut un mois pour se déplacer et reconstruire le village, mais la jeune femme estimait que ce serait plus sûr à cet endroit, le principal défaut étant la nécessité d'envoyer les patrouilles plus loin au Nord si ils souhaitaient toujours connaître les allées et venues dans la région.

La jeune femme se rongeait les sangs. Cela faisait maintenant trois mois qu'ils s'étaient installés là où ils étaient,à proximité du Baranduin, à un petit kilomètre d'un passage praticable à gué. Une semaine plus tôt, Esteran et deux autres de leurs meilleurs éclaireurs étaient partis observer les alentours de leur ancien village, car les derniers rapports indiquaient que les orques, qui avaient progressé lentement ces dernières semaines, se dirigeaient dans cette direction. Et ils auraient dû revenir deux jours plus tôt. Cela l'énervait, car c'était elle qui avait eu l'idée de cette patrouille, et il était clair que quelque chose ne s'était pas bien passé. La simple pensée que quelque chose était arrivé à Esteran la renvoyait aux craintes de ses pires cauchemars, dont l'intensité avait pourtant faibli depuis peu. Elle avait passé les deux journées précédentes à ruminer ces sombres pensées, et rien de ce que pouvait dire son père n'avait pu la rassurer, quand les bruits d'un cheval au galop se fit entendre, accompagné d'exclamations de la part de villageois. Sans attendre, Mendra se dirigea vers le lieu du tumulte, et arriva quand Esteran descendait de sa monture, visiblement seul, et grièvement blessé, puisqu'il laissait pendre son bras gauche, sans essayer de s'en servir. Sans attendre, elle arriva pour l'aider et entendre son rapport. Consciencieux malgré la douleur visible sur son visage, il se dépêcha d'expliquer :

-Nous avons pu les observer de près, mais ils nous ont repéré. Mendra, comme tu le pensais, ils sont venus à l'ancien village. Le cavalier nous a coursé pendant une journée et demi à travers les collines, et les autres se sont sacrifiés pour que je puisse revenir. Les flèches ne semblaient pas le blesser, expliqua-t-il en voyant le regard surpris de son ami. Je ne sais pas ce qu'il y avait sous ces habits noirs, mais il n'était pas, ou plus, humain.

Un frisson parcourut l'échine de la femme aux cheveux blancs : elle pensait savoir ce qu'était ce cavalier, et si c'était vrai, alors les choses allaient vraiment plus mal qu'elle ne l'avait craint.

-Et maintenant, que font-ils ? En as-tu la moindre idée ? Demanda-t-elle, craignant la réponse.

-Je... Je crains qu'ils ne se dirigent par ici, à présent.

Elle vit autre chose dans ses yeux, et comprit qu'il dissimulait une information qu'il ne lui donnerait qu'en privé. Elle l'aida à marcher jusqu'à la hutte qu'elle partageait avec son père, et l'aida à s'allonger, regardant la blessure : ni poison, ni infection, mais elle était profonde et avait coupé dans le muscle, d'où sa difficulté à utiliser son bras. Au cas où, elle utilisa un peu d'Athelas pour soigner la plaie, et attendit qu'il continue son récit. Bared était assis sur une chaise à deux pas de là, un air sérieux sur le visage, et sa présence perturba le jeune homme. D'un geste de la tête, Mendra lui indiqua que l'heure n'était pas à chipoter : son père était toujours le chef du village, après tout.

-Le cavalier... Je l'ai entendu mentionné une épée, alors que nous l'espionnions. Ils veulent l'épée de Morgoth, j'en suis presque sûr.

La jeune femme s'écroula au sol, un air désespéré sur le visage, et même Esteran, d'ordinaire si joyeux, prit peur : la dernière fois qu'il l'avait vu ainsi, c'était avant l'arrivée de Meldas, quand elle avait annoncé qu'elle ne tiendrait plus longtemps face à sa part maléfique. Mais cette fois là, elle avait trouvé une solution, alors peut-être...

-Je sais ce qu'est cette chose, déclara-t-elle, interrompant le cours des pensées du jeune homme. Le cavalier habillé de noir. Il n'y a à ma connaissance qu'une chose qui puisse être insensible aux armes commune, et qui pourraient être intéressés par l'épée de Morgoth : c'est un Nazgul, un des plus puissants serviteurs de Sauron, qui autrefois fut le bras droit de Morgoth en personne. Ils ont très certainement ressenti l'aura de l'épée lorsqu'elle a été libérée du caveau.

Elle vit une étrange lueur dans les yeux du jeune homme, lorsqu'elle parla « d'armes communes ». Comprenant le fil de ses pensées, elle arrêta ses illusions :

-Cette épée (elle montra l'épée noire) peut sans nul doute les blesser, mais les Nazgul étaient autrefois des rois de l'époque de la grande Numénor, avec désormais des millénaires d'expérience et une puissante magie à disposition. Les chances que je puisse l'atteindre sont presque nulles.

Elle s'arrêta, respirant lourdement. Elle avait une idée, inspirée par les anciennes paroles de Cirdan, mais elle devait avouer être morte de peur rien que d'y penser.

-Il y a peut-être un moyen de sauver le village. Mais...

-Je viens avec toi.

Le jeune Dunedain prononça ces mots avant même d'y penser. De surprise, le père et la fille le regardèrent, l'un parce qu'il ne comprenait pas encore, l'autre parce qu'elle était tiraillée entre la peur pour son ami et l'espoir qu'il reste à ses côtés. Avec un sourire, il continua :

-Souviens-toi ce que nous nous sommes dit, il y a plusieurs mois. Ce n'était pas une promesse en l'air, et il est temps que je te le montre. Je sais ce que tu vas dire, et je sais ce qui nous attend, l'interrompit-elle en voyant qu'elle allait prendre la parole. J'ai compris en même temps que toi qu'elle était le seul espoir pour ce village, mais ça n'empêche pas que je...

Il s'arrêta, voyant des larmes couler sur les joues de la jeune femme. Sans en dire plus, il se releva tant bien que mal et tendit son bras valide à Mendra, qui l'empoigna. Elle lança une phrase d'adieu à son père :

-Il semblerait que tu doives trouver quelqu'un d'autre pour te remplacer à la tête du village, Bared. Jusqu'à la fin, je t'aurai considéré comme mon père. Si nous devons nous revoir... Non, je préfère ne pas y penser. Adieu !

Les deux jeunes gens passèrent le pas de l'entrée de la hutte, sans autre regard en arrière, Mendra prenant juste son sac de voyage. En chemin, ils croisèrent le père du jeune homme, et celui-ci se contenta d'un hochement de tête pour lui dire au revoir. En silence, il récupéra son épée, son arc elfique et quelques autres affaires sur le cheval qu'il avait laissé à l'entrée du village, et rejoignit Mendra, qui avait comme toujours son épée noire accrochée dans son dos. Ils quittèrent le village en direction du gué, le doute dans leur esprit mais la détermination dans leur coeur. Après qu'ils eurent passé le gué, Mendra commença à expliquer ce qu'elle comptait faire à son ami. Celui-ci se contenta, pour toute réponse, de passer son bras autour des épaules de la jeune femme, et d'avancer. C'était incroyablement risqué, ils pouvaient y perdre la vie, mais ça pouvait aussi marcher.
A la nuit tombée, ils campèrent, et voulurent dormir, mais leur repos fut de courte durée : le bruit de nombreux pas les réveilla en plein milieu de la nuit, ce qui était prévisible, étant donné la propension des orques à voyager de nuit. En hâte, ils se préparèrent, et attendirent, laissant le feu de camp allumé, afin d'attirer l'attention.
A bout de quelques minutes, ils furent assaillis par la vision d'un terrible cavalier entièrement vêtu de noir, suivis par plusieurs dizaines d'orques. Les créatures étaient aussi immondes et terrifiantes qu'on pouvait s'y attendre, mais c'était la silhouette, pourtant humaine, qui inspirait la peur dans le coeur des deux jeunes gens. Eussent-ils été d'un autre sang, et leur volonté eut été moins forte, ils auraient fui, ou pire, auraient simplement attendu leur mort, et ça en aurait été fini d'eux. Mais la présence de l'un donnait force et réconfort à l'autre, et Mendra avait d'autres ressources : elle puisa de la force dans les noirs pouvoirs de l'épée, et dans les ténèbres qui étaient en elle. Alors elle se tint droite face au cavalier, qui descendait de sa monture en sifflant, et Esteran ne put retenir un frisson : il avait toute confiance en Mendra, mais c'était la partie qu'il aimait le moins dans leur plan.

-Pauvres fous, siffla la créature. Vous venez de vous-même face à votre mort ? Donnez-nous l'épée, et peut-être que vous serez épargnés.

-Non, je ne crois pas, répondit la jeune femme d'une voix forte et autoritaire.

Les orques tressaillirent et reculèrent d'un pas : il n'était pas commun de voir quelqu'un tenir tête à un Nazgul, et la voix de la femme semblait respirer le pouvoir.

-Il y a 22 ans, des hommes d'Umbar sont morts alors qu'ils recherchaient cette arme. Aujourd'hui, j'ai complété l'oeuvre de mes parents. Je suis Mendra, une descendante de Numénor, et j'ai fait mienne l'épée de Morgoth !

La jeune femme sentit les yeux perçants du Nazgul sur elle, mais elle ne fléchit pas.

-Oui... La fille de cette noble d'Umbar, Vara Daskil. Ce que tu avances est possible, femme. En revanche, celui qui se tient à tes côtés est un Dunedain !

-Il est mon compagnon, me suivra où que j'aille, et obéira à chacun de mes ordres. Il ne posera aucun ennui.

-Ce n'est pas à toi de le juger, femme. Mais si il est prêt à tout pour te suivre, peut-être nous sera-t-il utile. Je sais ce qui te motive : la survie de ceux que tu as considéré comme la tien. Ils vivront, pour le moment. Nous n'avons perdu que trop de temps en ces terres.

Il s'éloigna d'eux, et leur fit signe de s'avancer parmi les orques. Peu confiants envers les horribles créatures, les deux jeunes gens obtempérèrent tout de même sans montrer leur dégout. L'un des orques, plus grand que les autres, s'avança pour les désarmer, mais le spectre l'arrêta :

-Qu'ils gardent leurs armes. Elles ne leur seront d'aucune utilité, et ils ne tenteront rien.

C'est ainsi que commença la descente aux enfers de Mendra et Esteran. Du Nord au Sud, ils traversèrent la majorité du monde connu, avant de passer les Portes Noires et arriver à Barad-Dur. Ils passèrent deux années en ces lieux. Deux années durant lesquelles ils furent sous l'influence de la magie noire du Seigneur des Ténèbres, et connurent les pires tortures, tant physique que mental. Un traitement destiné à retirer tout espoir de leur âme, leur faire perdre toute foi et les amener à embrasser l'obscurité. Ce fut plus simple pour Mendra, car sa discipline mental, acquise depuis son épreuve à Mithlond, lui permit de faire rejaillir les ténèbres en elle, plutôt que de se voir forcer à les accepter, ce qui aurait pu lui faire perdre l'esprit. Cela ne la rendait toutefois que plus dangereuse, car un mal rationnel est bien plus fort que celui guidé par la folie.
Esteran, de son côté, vit sa volonté brisée de nombreuses fois, et il ne conserva la sanité de son esprit que grâce aux quelques conseils que Mendra avait pu lui donner, ainsi que le lien qui était entre eux deux. A la fin, il ne restait plus de lui que le désir de rester aux côtés d'une jeune femme qui semblait s'être vouée aux ténèbres.
Ils quittèrent Barad-Dur pour Durthang, seul bastion du Mordor qui était dirigé par des hommes, des Numénoréens Noirs pour la plupart. Au départ, il fut accueillit par nombres de quolibets, insultes et railleries, tant à cause de ses origines de Dunedains qu'à cause de l'arc elfique en sa possession. Mais cela cessa bien vite quand il s'avéra qu'il était le bras droit d'une nouvelle venue qui avait très vite fait ses preuves : Mendra Daskil – elle avait reprit le nom de sa mère – la porteuse de l'épée de Morgoth. Et elle était respectée pour cela, car les quelques personnes, orques comme hommes, qui avaient tenté de lui voler l'arme à Barad-Dur, avaient tous succombé très rapidement à la folie, et il semblait qu'elle seule maitrisait l'arme.
Lorsqu'elle portait l'épée, en additionnant cela aux rudiments de magie qu'elle avait pu apprendre, elle semblait intouchable au combat, car tous fuyaient de terreur face à la vision de la jeune femme portant la longue épée noire.
Elle ne tarda pas à monter en grade, et, secondée par Esteran, qui lui était aussi fidèle que jamais, elle gagna le titre de Héraut de Durthang, car elle était celle qui annonçait leurs possibilités aux ennemis des hommes de Durthang. Et leurs choix étaient simples : la soumission, ou la mort.

¤ Caractère:
Il peut-être compliqué de décrire correctement la personnalité de quelqu'un qui si souvent a vécu de brusques changements de personnalité, car à chaque fois la , ou plutôt les anciennes personnalités ont laissé une empreinte, une marque, sur celle qui la suivait. Pour simplifier la tâche, nous allons surtout nous intéresser à Mendra Daskil, la ténébreuse, qui a laissé l'obscurité s'emparer d'elle, et à l'héritage obtenu de ce qu'elle était avant.
A Barad-Dur, la jeune femme choisit d'elle-même la voie du Mal, et s'abandonna aux ténèbres. Mais cela ne signifie pas nécessairement oublier plus de 20 ans d'éducation faites par les Dunedains. En vérité, elle n'a rien d'oublié que tout ce qui lui fut appris tant dans son village qu'à Mithlond, auprès des elfes. Plutôt que de rejeter cet héritage, elle l'entretien et l'utilise, car elle sait que la connaissance peut être une arme redoutable. Certaines idées ou croyances ont toutefois la vie dure : bien qu'elle porte l'épée de Morgoth, elle ne suit pas le culte partagé par nombre de Numénoréens noirs, et elle a toujours en elle un fort dégoût envers les orques, raison pour laquelle elle préfère s'entourer de membres de la race des Hommes. Bien d'autres traits lui sont restés, telle que sa curiosité, mais ce sont là les éléments les plus marquants qu'elle a conservé... Quoi que, on oublie l'essentiel, car l'une des choses qui la définit depuis son enfance, et qui même aujourd'hui demeure, c'est son lien avec Esteran, bien que désormais difficile à définir : l'amitié et la confiance sont toujours présentes, mais sous une forme nouvelle, étant donné la hiérarchie qui existe maintenant entre les deux. Mais ce qui serait autrefois devenu un amour profond, ses possibles développement sont désormais inconnus.
Qu'y a-t-il de nouveau, donc ? Autrefois calme et raisonnée, du moins en apparence, elle est désormais froide et calculatrice. La cruauté peut également rentrer dans son jeu, si cela peut lui servir, mais ce n'est pas son premier recours : la pure logique l'est. Elle sait mesurer les forces de chacun, et se sert de la peur comme d'un outil pour affaiblir les plus forts et détruire les plus faibles. Elle connait toujours les émotions, mais ne les suit plus comme elle le faisait par le passé. Elle semble être une preuve que le mal n'est pas nécessairement fou, qu'il peut être intelligent et habile.
Paradoxalement, ce changement l'a grandement décomplexée : autrefois, son père lui disait de mieux cacher ses émotions, ce qu'elle essayait de faire. Aujourd'hui, elle considère cela comme futile : face à ses hommes, montrer ses émotions l'aide à gagner leur confiance et leur fidélité ; face à ses ennemis, cela la fait apparaître plus comme une femme que comme un adversaire menaçant, les poussant ainsi à la sous-estimer. Les Numénoréens Noirs sont réputés être des manipulateurs et prompts à la trahison quand elle peut les servir. Mendra, prenant le problème à contrepied, fait de son mieux pour que tous ceux qui travaillent et se battent avec elle en viennent à redécouvrir les sens des mots confiance et fidélité, ce qui, dans la balance des pouvoirs à Durthang, fait d'elle une personne à ne pas négliger.
Il reste une dernière chose, un dernier détail, dans ce tableau quelque peu sombre de la jeune femme. Un souvenir, d'une parole, d'une prédiction faite dix ans auparavant. Car au fond de son coeur, une étincelle de lumière demeure, cachée de tous, et la jeune femme elle-même ignore ce qu'il en adviendra.

¤ Physique:
Qu'on se le dise, le sang de Numénor coule dans les veines de la jeune femme, et cela se voit. En plus de sa grande taille – près d'un mètre quatre-vingt – elle affiche une prestance digne des nobles d'antan. Elle n'est toutefois pas du genre à s'afficher en robes à froufrou, et cela ne lui siérait guère : elle est certes belle de visage et de corps, mais c'est une beauté sauvage, brute. Fine et élancée, elle n'a pas les courbes voluptueuses affichées par d'autre, et cela l'arrange en tant que guerrière, considérant de tels attributs comme une gène pour les mouvements. En revanche, il va sans dire qu'elle prend soin de son physique, passant de nombreuses heures chaque jour à s'entrainer afin de garder la souplesse, l'agilité et l'endurance nécessaires au style de combat qu'elle a emprunté aux Falathrims – façon de se battre qui ne manque pas de perturber tant ses ennemis que ses alliés, ajoutant à son efficacité.
Souple, agile, mais aussi forte. Suffisamment forte manier avec aisance, d'une seule main s'il le faut, la longue épée de Morgoth. Suffisamment forte, également, pour porter le mélange de maille, de plaques légères et de cuir clouté qui lui sert désormais d'armure, qu'elle semble d'ailleurs porter sans être plus gênée que lorsqu'elle portait l'armure de cuir traditionnelle des rôdeurs du Nord. Les seuls moments où elle ne porte pas cette armure sont les quelques moments de repos à la forteresse de Durthang, moments qu'elle passe soit à épancher sa curiosité et sa soif de connaissances en étudiant les arts occultes et les archives des Numénoréens Noirs, soit parfois en compagnie d'Esteran. L'armure laisse alors la place à une tunique et un pantalon serrés d'une ceinture, de bonne facture mais sans fioriture, qui lui donnent un air suffisamment sérieux pour qu'on ne la traite pas en faible femme lorsqu'elle est ainsi accoutrée.
En parlant d'air sérieux, passons au visage de la jeune femme. Cette expression n'est pas en l'air, car Mendra affiche généralement une expression sévère et calculée, qui peut toutefois changer : ses sourires ne sont pas si rares, mais ils sont toujours sincères, vestiges d'une humanité qu'elle n'a pas tout à fait perdu. C'est dans les moments où elle sourit que l'on peut réaliser le charme qu'elle pourrait avoir, si elle le souhaitait : un visage allongé aux traits fins, avec des pommettes un petit peu hautes et décorée d'une longue cicatrice – un vestige de son séjour à Barad-Dur – ainsi que des yeux en amande qui semblent percer jusqu'à votre âme lorsqu'elle vous fixe – ce qu'elle fait peut-être, étant donné sa capacité à reconnaître le bien et le mal en chacun, pour peu que la personne n'ait pas les défenses mentales nécessaires. Mais le plus étonnant, ce qui marque vraiment la beauté singulière de la jeune femme, est très certainement la chevelure blanc argenté de la jeune femme, coiffée en queue de cheval et descendant jusqu'aux omoplates, avec quelques mèches isolés qui se promènent librement sur son front.

¤ Parentée et personnes proches:
-Bared : son père adoptif (Dunedain) - a coupé tout lien avec lui lorsqu'elle est partie
-Esteran : ami et compagnon de toujours (Dunedain d'origine) (le mettre en PNJ puissant inventé si possible, qui sera toujours un grade inférieur à celui de Mendra, en considérant la limite de grade général évidemment)









Le Joueur



Votre âge : 22 ans
Localisation : Besançon
Depuis combien de temps faites vous du rp ? : Une dizaine d'années peut-être.
Sur quels autres forum êtes vous ? : Un forum plus axé social, mais pas très actif en ce moment
Pourquoi ce forum ? : Ai-je vraiment besoin de répondre ?
Comment nous avez-vous trouvé ? : cf au-dessus
Idées & Suggestions pour l'amélioration du forum : Rien de plus que ce que j'ai dit récemment dans la partie "suggestions".

PS : Je n'ai pas compté précisément, mais nous avons un peu plus de 800 lignes pour l'histoire seul, et entre 25 et 30 lignes pour les descriptions et caractère. Encore pardon pour le désagrément, j'espère que ça restera valable. Promis, j'essaierai de ne pas faire plus long la prochaine fois.
Voici le formulaire pour la quête :
Type de quête : Artefact

Brève description de ce que vous faites dans le RP : Résolvant l'énigme derrière une statuette imprégnée de magie noire, Mendra découvre l'épée de Morgoth et en devient la porteuse (concerne la majeure partie de la Partie 1)

Butin de la quête qui vous sera ajouté : Epée de Morgoth (ou Fer du Noir Ennemi)

Lien: Dans ce sujet même.



© By Cirion - Eredil





"Eva, Jikel, Raito, Glonthein, Daralia, Mendra, RSA, et bien sûr, L'Ancien, sont heureux de vous accueillir au sein du clan des rôlistes bons à enfermer. Nous vous rappelons que le clan ne sera nullement tenu responsable des éventuels séjours en asile de nos membres."

Oscars:
 
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Denethor II
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MessageSujet: Re: Mendra Daskil [Enfin Terminé]   Mar 18 Aoû - 13:22

Alors alors:

Déjà bravo pour cette présentation! Comme dit sur la CB, c'est vraiment captivant, même si sur le coup, ça donne pas envie de lire vu le gros pavé que c'est. En tout cas, je ne regrette pas d'avoir prit le temps de la lire pendant ma pause déjeuner Smile

Du coup ça nous donne:

- nombre de lignes total de ta présentation: 735 lignes
- nombre de lignes nécessaire pour accéder au grade Capitaine: -100 lignes
- nombre de lignes nécessaire pour le Fer du Noir Ennemi: -250 lignes

Validé donc au grade de Capitaine avec 385 lignes de rab et le Fer du Noir Ennemi dans ton Equipement Wink

Bon jeu à toi !




Oscars 2015:
 


Personnages joués : Sauron Le Grand x3 (Sauronne) // Legolas Vertefeuille (Leggy)
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MessageSujet: Re: Mendra Daskil [Enfin Terminé]   

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Mendra Daskil [Enfin Terminé]
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